Au jour de l’inauguration de la première super-clinique de Sherbrooke, en décembre 2016, la satisfaction du premier ministre Philippe Couillard, de son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, et du ministre responsable de l’Estrie, Luc Fortin, donnait à penser qu’il y avait adhésion au modèle. C’est moins évident aujourd’hui.

Suivez le guide

Ainsi, la deuxième super-clinique à Sherbrooke est sur la glace. Même que sa pertinence serait à reconsidérer, tellement la Clinique médicale Plateau Marquette aurait gagné en efficacité pour répondre à la commande gouvernementale visant à garantir à chaque citoyen l’accès à un médecin de famille.

Ce n’est absolument pas l’intention exprimée par le premier ministre Philippe Couillard lors de son passage à La Tribune, mercredi, mais la réalité dépeinte le lendemain donne à penser que les gains se limiteront à l’expansion de ce groupe de médecine familiale (GMF).

Pourtant, on est encore dans le gros branding politique. Le préfixe « super », signifiant « au-dessus », suppose plus que cela. Alors que l’Office québécois de la langue française recommande comme règle générale de fondre « super » dans des mots soudés, l’usage facultatif du trait d’union et de la forme « super-clinique » dans toutes les communications gouvernementales traduit la volonté d’une signature distinctive.    

Pas superclinique, c’est trop commun. Surtout risqué d’une analogie confondante avec supermarché alors que c’est l’image d’un dépanneur en santé, ouvert pratiquement 24 heures par jour que Québec veut véhiculer.

La comparaison avec une SAQ Express vient également à l’esprit en pensant au souci d’uniformité. La pastille des vins est la même partout au Québec, peu importe la succursale où l’heure où tu achètes ta bouteille. Ne manque qu’un tract comme rappel dans les carnets de voyage du CAA : si vous vous écorchez un genou lors d’une randonnée pédestre ou en vélo à Saint-Donat, dans l’Outaouais ou à Lévis, oubliez l’hôpital et cherchez la super-clinique la plus proche.

L’inauguration de la première super-clinique de Sherbrooke dans l’Est, en décembre 2016, n’avait laissé aucun doute quant à la volonté gouvernementale d’un clonage rapide.

« Je félicite les médecins rendant la chose possible et vous remercie d’accepter les horaires allongés qui étaient la première résistance. Vous le faites au bénéfice de la population et participez aux efforts pour briser le nœud dans la chaîne de la santé », s’était réjoui le ministre Gaétan Barrette.

« Notre gouvernement fait exactement ce qu’il avait dit qu’il ferait », avait ajouté Philippe Couillard, qui rodait déjà l’expression qu’il utilise à profusion durant la présente campagne électorale.

Cette semaine, par contre, il y avait un agacement évident dans le regard et dans le ton du premier ministre lorsqu’il a été question de la confirmation attendue depuis des mois. À l’évidence, il y a un nœud pour la deuxième super-clinique sherbrookoise.

« La solution ne peut pas être de diluer le modèle, d’ouvrir juste la moitié du temps », a évoqué le premier ministre comme éventuel motif pour recourir aux mesures coercitives dont le gouvernement libéral a temporairement suspendu l’application.

Le modèle, quel modèle?

Ou, lequel des modèles. Car, les 28 omnipraticiens aujourd’hui réunis à la Clinique médicale Plateau Marquette (CMPM) estiment remplir de manière irréprochable pour accomplir leur principal mandat. Le nombre de patients pris en charge y est passé en un an de 23 000 à 32 000. Avec les facteurs de pondération pris en compte, comme l’indice de pauvreté du milieu ou l’âge des patients, cela signifie 37 300 inscrits.

Mais pas question de déshabiller Jean pour habiller Pierre. Accepter des patients orphelins avec les effectifs actuels porterait atteinte à la qualité des services rendus aux patients réguliers, prétendent les dirigeants de cette clinique.

« Si tous les patients avaient des médecins de famille, on n’aurait pas besoin d’autres super-cliniques au Québec » réitère avec un certain cran en pleine campagne électorale l’un des artisans de ce super-GMF, le Dr Jacques Bachand.

La loi 20 annonce une série de sanctions touchant la rémunération en cas de refus d’assumer les charges minimales de travail en médecine familiale, mais aucune disposition ne réfère spécifiquement aux super-cliniques. L’expression ne figure même pas dans les textes législatifs de 24 pages.

L’offre de service est limitée à quatre heures les fins de semaine, de 8 h 30 à 12 h 30, et pour les seuls patients inscrits à la Clinique médicale Plateau Marquette. Si cette dernière était désignée super-clinique, elle devrait opérer jusqu’à 21 h sept jours par semaine et accepter toutes les clientèles.

Dans notre petit catéchisme de bon patient, à l’urgence de quel hôpital sera-t-il recommandé de se rendre pour une blessure mineure lors d’une randonnée en dehors de Sherbrooke ou de l’Estrie, loin de notre médecin traitant? Réponse toute prête des communicateurs en Santé : vous n’avez qu’à suivre le guide.

Comme complément de réponse, le guide en santé au Québec n’est pas le premier ministre ni le ministre titulaire et pas davantage le (ou la) PDG d’un CIUSSS. Ce sont les médecins qui, entre eux, choisissent leur modèle.