Souvenirs du conseil municipal en ce temps des Fêtes

Le 7 avril 1874, la séance du conseil municipal de la Ville de Sherbrooke s'est tenue chez le conseiller Beckett, qui était retenu au lit parce qu'il était malade, afin de lui permettre de voter sur un controversé amendement en lien avec la vente de boissons alcoolisées. Imaginez la scène : Archambault, Paton, Elkins et Morkill réunis autour du lit, alors que Griffith et Camirand avaient refusé ce rassemblement!
Évidemment, une telle scène ne se verrait plus de nos jours : non seulement, on n'aurait pas l'idée de voter un amendement interdisant les permis de vente d'alcool, mais surtout, on n'imagine pas la séance du conseil se dérouler ailleurs que dans notre bel hôtel de ville!
Certaines choses ont bien changé avec les années à Sherbrooke : c'est ce que je n'arrêtais pas de me dire en lisant récemment le livre « Les maires de Sherbrooke 1852-1982 », produit par la Société d'histoire des Cantons-de-l'Est.
À travers les 55 mandats qui se sont déroulés pendant cette période, on constate la transformation de Sherbrooke d'une ville principalement anglophone à une ville très majoritairement francophone, avec de nombreuses années d'alternance entre un maire francophone et un maire anglophone. On y voit la ville se développer avec le remplacement de l'éclairage au gaz par l'éclairage électrique, l'expansion du nombre de quartiers (il a fallu attendre 1912 pour que le quartier Ouest soit officiellement créé), la mise en place des tramways - puis leur abandon à cause de leur non-rentabilité -, l'imposition par la Ville d'une taxe sur les hauts salaires, etc. Difficile de s'imaginer qu'à une certaine époque, l'eau de la rivière était distribuée de porte en porte, les trottoirs étaient en bois et les poubelles n'étaient pas ramassées l'hiver!
J'ai aussi pu constater que la fonction de maire a beaucoup changé. Auparavant élu par les conseillers municipaux, le maire sera élu par la population à partir de 1898. Les mandats sont limités à un an, puis à deux ans. C'est le maire Armand Nadeau qui repartira le bal des longs mandats en 1955, en demeurant 15 ans au pouvoir. Il faudra ensuite attendre le règne de Jean Perrault (1994-2009) pour qu'un maire se maintienne en poste pour plus de deux mandats.
Il y a donc eu du changement au fil des ans, mais aussi de la continuité dans l'évolution de notre ville. Ainsi, force est de constater que la volonté de réduire le fardeau des citoyens a de tout temps préoccupé certains conseils municipaux et certains élus. En 1878, en pleine crise économique qui s'étire, le conseil de l'époque diminue les taxes foncières et, donc, les revenus de la municipalité. Quelques années plus tard, pour faire des économies, la Ville éteint les lumières de rue quand la lune est suffisamment brillante. Enfin, en 1912, alors conseiller, l'ex-maire McManamy remet sa démission parce qu'il s'oppose à une subvention de 2000 $ au Board of Trade pour des fins de publicité. Sûrement une dépense qu'il jugeait injustifiée.
Passons rapidement sur les irrégularités dans des paiements de comptes trouvés en 1879 et sur l'élection tournant autour de l'enjeu du « « cabinet noir », du fait que tout se décide au sein des comités, en dehors de la présence des journalistes, et que les questions sont toutes « cuites », lorsqu'elles sont présentées à l'assemblée ordinaire du Conseil.
Certaines parties m'ont touchée plus particulièrement : l'achat par la Ville, en 1891, des 67 acres de terrain de Thomas B. Terrill qui deviendront le parc Victoria, ainsi que la décision en 1920 de reboiser certains secteurs de ce parc. Il y a aussi le violent orage du 23 novembre 1913, au cours duquel tombe le pin solitaire, qui donnera son nom au district que je représente.
Bref, une lecture très intéressante pour mieux connaître notre passé comme ville.
Bon temps des Fêtes à tous les Sherbrookois et Sherbrookoises, et au plaisir de continuer à écrire l'histoire de notre belle ville avec vous!
Hélène Dauphinais, économiste et conseillère municipale