Pierre Jury
Le Droit
Pierre Jury
Le gouvernement de François Legault a failli à la tâche de préparer la population au déconfinement.
Le gouvernement de François Legault a failli à la tâche de préparer la population au déconfinement.

Soulagement et inquiétude

ÉDITORIAL / Le Québec est fermement engagé maintenant vers un déconfinement progressif. Cela laisse entendre qu’il y aura une quelconque fin à la crise de la COVID-19.

La population est soulagée, mais au même moment, inquiète de l’avenir.

Après s’être fait dire pendant six semaines qu’il fallait se confiner, qu’il fallait garder deux mètres de distance, voilà que nous pourrons bientôt aller travailler, mais avec un masque que le directeur de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, a décrié il y a un mois à peine.

«Le masque n’est pas un moyen de prévention des infections dans la communauté, il doit être réservé au personnel de la santé et aux patients atteints», disait-il le 18 mars.

Alors prêt, pas prêt, on y va.

C’est le message controversé que lance le premier ministre François Legault. On sent que ce leitmotiv de redémarrage «progressif» de l’économie est davantage politique qu’ancré dans des bases épidémiologiques solides.

Le Dr Horacio Arruda

L’une des preuves de cela est la timidité dont font montre des milliers de familles qui se sont fait dire, cette semaine, que l’école reprendrait dès le 11 mai, partout au Québec, sauf à Montréal.

Les familles sont dubitatives, hésitantes. On le serait à moins. On a beau se dire que les enfants ont des anticorps vigoureux, qu’au pire ceux qui pourraient attraper le coronavirus s’en débarrasseront sans mal. N’empêche que pendant six semaines à se faire dire qu’il fallait vivre en reclus, le message que les écoles sont presque prêtes à recevoir notre marmaille ne passe pas très bien.

Le gouvernement Legault a failli à la tâche de préparer la population au déconfinement. M. Legault aurait dû passer un message, depuis deux semaines, que le Québec devrait en finir avec toutes ces mesures contraignantes, qu’un déconfinement progressif, par région, était à nos portes, mais pas tout à fait encore. Que les routes du Québec allaient bientôt être libérées de leurs barrages policiers. (Remarquez bien que le barrage des forces de l’ordre entre Gatineau et Ottawa demeure jusqu’à nouvelle échéance.)

Cela aurait préparé les Québécois au message d’une reprise des activités dans le secteur de la construction domiciliaire, au message d’un retour progressif à l’école, au message d’une relance dans le commerce au détail.

Il l’a fait, mais mal. Il l’a fait, mais à moitié.

Et son invitation aux jeunes familles d’envoyer les enfants à l’école et à la garderie passe moyennement bien.

Nous verrons bien dans deux semaines comment ça sera reçu.

Le Québec, apôtre du confinement et des mesures sanitaires sévères, bascule maintenant dans le camp des provinces et des États qui s’apprêtent à rouvrir en partie la machine. Plus que l’Ontario, pourtant dirigé par le conservateur Doug Ford, qui a fermé ses écoles jusqu’en juin. Et plus que le fédéral, avec un Justin Trudeau qui lance qu’«on n’est pas sorti du bois!»

Cela laisse tout le monde pantois, ou à tout le moins hésitant.

Pendant ce temps, nos personnes âgées continuent de tomber dans des résidences où l’on ne commence qu’à surmonter la crise sanitaire.

Les gens ont beau se raisonner à l’effet que son gouvernement sera prêt à faire marche arrière si la pandémie reprend de plus belle, cela laisse l’impression, pour la première fois depuis l’éclosion de cette satanée COVID-19, que le gouvernement de François Legault navigue un peu plus à vue et délaisse les précieux conseils de ses médecins. Même si le premier ministre assure qu’il écoute le Dr Arruda «comme si c’était ma mère».