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Sortir les hommes de la violence conjugale

Louise Richard
Louise Richard
Québec
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POINT DE VUE / Je suis une femme, citoyenne du Québec, mère et grand-mère, ex-avocate à la retraite, et tourmentée comme beaucoup de femmes et d’hommes de voir mourir presque chaque semaine des femmes du Québec victimes de violences conjugales. 

Alors que nous devons composer avec nos Chartes des droits et libertés afin de trouver comment aider ces hommes malades, intoxiqués par une éducation machiste, qui appellent au secours en tenant en otages dans le nid familial femme et enfants témoins terrorisés. Je suis maintenant retraitée, mais pendant 18 ans, j’ai travaillé comme avocate pour un organisme qui venait en aide aux proches de personnes atteintes de maladie mentale. Oui les individus ont des droits, mais nous avons aussi des responsabilités et des devoirs fondamentaux à respecter comme le devoir de porter secours et de ne pas mettre en danger les autres.

La violence conjugale ne s’atténue pas, au contraire, déclarait notre ministre Geneviève Guilbault lors d’une conférence de presse en mars dernier: «[…] des statistiques préliminaires en la matière montrent une augmentation de 45 % des accusations pour violence conjugale dans la province doublée d’une hausse de 12 % des signalements […] compilés par les corps policiers du Québec.»

Des actions nouvelles s’imposent

Presque chaque semaine, une femme meurt des suites de violence conjugale. De toute évidence, le statu quo ne répond pas aux besoins des hommes violents. De toute urgence, des actions nouvelles s’imposent!

Nous faisons appel à vous, femmes et hommes du Conseil des ministres du Québec, à vous M. le premier ministre, et à tous les membres de l’Assemblée nationale, l’heure n’est plus aux longues discussions ni aux longues réflexions. Des femmes au Québec, chaque minute, chaque heure, sont violées, violentées, traitées comme des esclaves soumises à des hommes qui ont perdu leur propre humanité, rongés de l’intérieur par leur éducation. 

Le temps est venu de mettre notre intelligence collective en action et notre cœur à la bonne place afin qu’ensemble, hommes et femmes, nous adoptions de nouvelles mesures, oui des mesures qui peuvent faire mal à nos droits fondamentaux individuels, comme celles qui ont dû être adoptées d’urgence pour combattre la pandémie que nous traversons. Oui des mesures essentielles dans une société libre et démocratique pour que la protection des droits des personnes, tant des victimes que des agresseurs, soit atteinte. Mais la violence conjugale, ce n’est pas juste au Québec, c’est un fléau mondial. Cependant, le Québec, contrairement aux vieux pays, a une force extraordinaire, c’est une société jeune qui a pour valeur fondamentale l’égalité des hommes et des femmes, nous sommes une société civile laïque où les canons religieux machistes ne font plus partie de notre droit. Nous avons le génie, l’imagination et la jeunesse pour rétablir le véritable sens de la relation homme/femme que la misogynie des religions, telle une potion maléfique, comme dans les contes de mon enfance, a concoctée pour alimenter les fantasmes des hommes et placer la pomme de discorde entre nous, transformant les relations hommes/femmes en dominants et dominés, alors que le couple est fondamentalement «l’atome de la société». 

Le Québec est un pays jeune, novateur qui a tous les talents, capable d’imagination. Oui, capable d’imagination. Le théâtre d’improvisation, un produit du Québec, a des ligues partout dans le monde! À vous de jouer, femmes et hommes de l’Assemblée nationale du Québec, vous avez tout ce qu’il faut : cœur, intelligence, imagination et humanité en tête. Démarrez avec les informations qui sont déjà sur vos bureaux, improvisez, risquez une solution de départ. Mais improviser ne signifie pas faire n’importe quoi pour se donner bonne conscience de faire quelque chose. Quand le feu saute dans une marmite d’huile, le premier qui a pensé mettre le couvercle sur la marmite a improvisé avec son intelligence, avec les informations qu’il avait en tête: un feu privé de son oxygène meurt, alors il a essayé cela et a réussi. Alors que si la même personne avait couru dans toute la maison avec le chaudron en flammes, oui il a improvisé, mais c’est la panique qui le guide et non son intelligence. 

Oubliez vos lignes de partis

Mesdames et Messieurs nos dirigeants, improvisez avec intelligence et oubliez vos lignes de partis. En travaillant ensemble à de nouveaux outils, peut-être pas parfaits, mais tout se peaufine et une loi, si elle n’est pas parfaite dans sa première version, peut toujours être modifiée, mais en attendant le radeau tient l’eau et permet d’avancer vers une solution meilleure. Travaillez ensemble avec ce nouveau paradigme : «l’intelligence collective». D’ailleurs, vous avez goûté à ce paradigme lors de l’adoption de la nouvelle loi sur le Curateur public. Vous vous souvenez ? Moi, je m’en souviens, car pour la première fois j’ai apprécié un débat de politiciens sans ligne de parti, qui parlent avec leur cœur. Oui, vous avez les morceaux de la solution en chacun de vous et si vous mettez vos forces ensemble, le résultat de vos «improvisations» va vous surprendre et pourrait faire école dans le monde entier, car le problème de la violence faite aux femmes est mondial.

Il est de coutume de dire quand une personne critique : C’est quoi tes solutions?

Cinq solutions 

1-Sortir le conjoint violent du logement ou de la maison familiale et non la mère et les enfants.

Si on examine la loi spéciale adoptée pour les personnes atteintes de maladie mentale, ce n’est pas les proches qu’on sort de la maison lorsque la personne se désorganise et se met en danger et/ou met les autres en danger. C’est la personne désorganisée qui est conduite par les policiers dans un centre spécialisé où un encadrement approprié lui est réservé pour sa protection et celle des autres.

Il faut considérer les conjoints violents comme des personnes ayant un trouble de santé mentale.

Selon l’Institut national de Santé Québec, les caractéristiques dominantes des conjoints violents sont «les symptômes de détresse psychologique tels que des difficultés dans la gestion de la colère et l’hostilité, des troubles de la personnalité, un déficit des habiletés sociales et de communication, les difficultés conjugales, ainsi que les expériences négatives de l’enfance, dont le fait d’avoir été témoin de violence dans l’enfance, d’avoir été victime de mauvais traitements et d’avoir grandi avec des modèles parentaux violents physiquement.» Il faut voir les hommes violents jusqu’à preuve du contraire comme des personnes en crise et non comme des criminels. Sauf bien sûr si on a affaire à un narcissique pervers dont la violence «est un mode de vie». Pour ceux-là, la voie judiciaire est le chemin à suivre. Mais pour la plupart des hommes violents, le rejet, la honte, les traiter de lâches ou de tous les noms ne fait que mettre de l’huile sur le feu qui les ronge et ne fait qu’augmenter l’agressivité en eux.

2- Ouvrir des maisons d’hébergement pour les hommes violents et non pour les victimes de violences conjugales.

La Fédération des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale dénonçait le fait que les montants accordés dans le dernier budget du gouvernement étaient insuffisants.

Elle revendique la construction de nouveaux immeubles pour les femmes violentées, car les maisons d’hébergement débordent. Il faudra cinq ans, dit-on, pour construire ces maisons. Mais comme nous avons un féminicide presque chaque semaine, et si cette tendance se maintient, le temps de construire ces maisons, c’est près de 250 femmes qui seraient tuées en attendant. C’est bien trop long!

Le besoin c’est maintenant! 

Improvisons! Ne sortons plus les femmes et les enfants du logement ou de la maison familiale, mais sortons les conjoints violents et prévoyons pour eux des maisons d’hébergement pour hommes violents. C’est moins coûteux de loger une personne seule qu’une femme avec des enfants.

Improvisons! Utilisons ce que nous avons sous la main et redonnons vie à des édifices qui existent déjà, et pourquoi pas à ces joyaux architecturaux que sont les églises fermées et que d’aucuns meurent d’envie d’affecter à une seconde vie.

3- Port du bracelet GPS obligatoire dès l’arrêt pour violence conjugale jusqu’au rétablissement confirmé – et en permanence si condamnation.

Le port obligatoire du bracelet GPS est impératif, car les hommes accusés de violence conjugale sont pleins de colère, de rage, de rancœur envers leur femme. Leur désir de vengeance est profond et le risque qu’ils s’entêtent à vouloir retrouver leur femme et la tuer est trop viscéral pour qu’une ordonnance d’un juge suffise pour arrêter ce train en flamme. Sans thérapie, ce bagage d’émotions, de vengeance ne fondra pas au soleil ni ne se dissoudra avec le temps. Donc oui pour la liberté de l’homme en colère, mais conditionnellement au port obligatoire du bracelet électronique pour la protection de la femme et des enfants, et tant que cet homme en colère n’aura pas fait preuve d’un rétablissement, il devrait porter ce bracelet.

Le but de cette mesure permettrait aux femmes de rester dans la maison familiale avec les enfants et d’avoir une vie plus sécuritaire, car le conjoint violent ne pourrait s’approcher de 400 mètres du lieu familial, sinon un signal serait transmis à la centrale de police qui enverrait d’urgence une escouade policière cueillir le contrevenant.

4- Rendre la psychothérapie accessible pour tous en l’incluant dans les services couverts par la RAMQ.

En 2021, on nous dit que la pandémie a fait monter en flèche le taux de détresse psychologique des Québécois. Mais se pourrait-il que la pandémie n’ait pas fait déborder le verre… il débordait déjà? La détresse psychologique au Québec ne date pas de 2021. En 2018, Radio-Canada révélait que les Québécois ingéraient plus d’antidépresseurs que la moyenne des citoyens canadiens. La pandémie n’a fait que nous ouvrir les yeux sur des besoins sous-estimés, comme la détresse psychologique bien présente dans les cas de violence conjugale. Il est urgent de donner accès à tous à ces services et d’éviter ainsi des drames comme la violence conjugale.

Bref, un féminicide presque par semaine, cela ne fait pas de doute, les mesures en vigueur sont dues pour une mise à jour. La voie judiciaire ne fait qu’exacerber l’homme violent et oblige les victimes à vivre constamment dans une peur extrême avec une épée de Damoclès en permanence au-dessus de leur tête, qui risque de tomber le jour où le conjoint violent sortira de prison, et cela viendra: une mise en liberté sous caution est si vite arrivée.

5- Adopter une loi spécifique pour encadrer la violence conjugale.

Il y a urgence d’adopter une loi spécifique pour encadrer la violence conjugale, comme l’ont fait plusieurs provinces canadiennes (Alberta, Manitoba, Nouvelle-Écosse, Île-du-Prince-Édouard, Terre-Neuve-et-Labrador, Saskatchewan), ainsi que les Territoires du Nord-Ouest, le Yukon et le Nunavut.

Mme Guilbault, vous avez tout à fait raison, «il faut que ça cesse» et c’est maintenant! C’est vous que le premier ministre a nommée à la barre et, je ne pense pas me tromper, la majorité des hommes et des femmes du Québec sont avec vous!