Le rapport « Bilan-Faim 2017 » de Banques alimentaires du Québec, qui regroupe une trentaine de partenaires, dont Moisson-Estrie, est éloquent à ce propos : les demandes d’aide alimentaire ont augmenté de 5 % en 2017.

Sortir de la misère

ÉDITORIAL / Le gouvernement Couillard se vante que l’économie québécoise roule pratiquement à plein régime et que le taux de chômage est à un niveau historiquement bas.

Or cette réalité en cache une autre : celle de dizaine de milliers de Québécois qui ont recours aux banques alimentaires comme Moisson Estrie ou qui s’inscrivent auprès d’organismes de bienfaisance comme la Fondation Rock-Guertin pour recevoir des paniers de Noël, un phénomène qui touche de plus en plus de personnes avec un emploi.

Le rapport « Bilan-Faim 2017 » de Banques alimentaires du Québec, qui regroupe une trentaine de partenaires, dont Moisson-Estrie, est éloquent à ce propos : les demandes d’aide alimentaire ont augmenté de 5 % en 2017. Cette hausse avait été de 5,4 % en 2016.

Moisson-Estrie, qui offre de l’aide directe à 1800 personnes par mois, enregistre pour sa part une augmentation du nombre de dépannages de 9 % en 2016-2017. L’an dernier, il avait grimpé de 10,8 %.
À la Fondation Rock-Guertin, le directeur général Denis Fortier indique que les demandes pour les paniers de Noël augmentent légèrement d’une année à l’autre.

« L’an passé, on a aidé 2200 familles et cette année on en vise 2250; ce sont souvent les mêmes personnes qui en ont besoin, mais il y a aussi des gens qui vivent une situation difficile, mais temporaire », dit-il.

La fondation vient aussi en aide à de nombreux groupes et organismes tout au long de l’année, notamment des écoles, la Chaudronnée de l’Estrie et Sercovie.

S’il est vrai que le Québec fait mieux que les autres provinces dans la lutte contre la pauvreté, en raison de politiques sociales plus généreuses envers les familles, du moins selon une étude publiée récemment par Les Presses de l’Université de Toronto (« Combating Poverty: Quebec’s Pursuit of a Distinctive Welfare State »), le portrait en ce qui a trait à l’aide alimentaire n’est pas très reluisant.

Le « Bilan-Faim 2017 » démontre que 170 500 personnes font des demandes d’aide chaque mois au Québec, dont plus de 58 000 enfants. Comment peut-on accepter cela dans une société riche comme le Québec?

De plus, le nombre de personnes aidéesm a augmenté de 33,7 % depuis 2008, année de la crise financière mondiale.

Pire : si la majorité de ces personnes sont prestataires de l’aide sociale (58 %), reçoivent une pension de vieillesse (8,2 %), de l’assurance-emploi (4,8 %) ou une prestation d’invalidité (3,4 %), plus de 11 % sont des travailleurs!

Moisson-Estrie observe également une hausse constante des demandes de personnes ayant un emploi; l’augmentation a été de 9 % en 2016-2017.

Tout cela renvoie évidemment à la lutte à la pauvreté.

Le gouvernement fédéral a annoncé en octobre dernier deux mesures pour aider les moins nantis avec la bonification de la Prestation fiscale pour le revenu de travail et l’indexation au taux d’inflation de l’Allocation canadienne pour enfants, à compter de juillet 2018.

Au Québec, le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, promet un troisième plan de lutte à la pauvreté (2017-2022) en vue de « sortir » 100 000 personnes de la pauvreté.
Or, dans son récent rapport, le mal nommé Comité d’experts sur le revenu minimum garanti rejette l’idée d’un revenu de base garanti.

Il propose plutôt de bonifier la prime au travail, une excellente idée, et d’augmenter légèrement l’aide sociale pour les personnes seules et les couples sans enfant.

Cela ferait en sorte que le revenu d’une personne à l’aide sociale passerait de 52 à 55 pour cent de la Mesure du panier de consommation (logement, alimentation, vêtements, etc.), ce qui ne permet nullement de sortir de la pauvreté.  

Les deux précédents plans de lutte à la pauvreté n’ont pas donné les résultats escomptés. Il est donc impératif que le prochain plan comporte des mesures décisives et audacieuses. Sans cela, la clientèle des banques alimentaires va continuer d’augmenter.