Steve Lussier

Soif de renouveau

ÉDITORIAL / Les Sherbrookois avaient visiblement soif de changement : non seulement ils ont donné leur appui au candidat indépendant à la mairie Steve Lussier, qui a défait le maire sortant et chef du Renouveau sherbrookois, Bernard Sévigny, par une avance de 6000 voix, mais ils ont aussi élu une majorité de conseillers indépendants dans les districts.

M. Lussier, un directeur hypothécaire à la Banque Nationale et un nouveau venu en politique, sera donc parvenu à convaincre une majorité de Sherbrookois dans le dernier droit de la campagne électorale. La dernière semaine fut très difficile pour le maire sortant qui a essuyé de nombreuses attaques de ses adversaires, notamment au sujet de son intégrité.

Le candidat indépendant, très actif sur le terrain, a mené une campagne vigoureuse axée sur plusieurs propositions concrètes : gel des taxes durant la première année de son mandat, contrôle des dépenses, création de 2000 emplois en quatre ans et, dans les jours précédant le scrutin, il a promis la privatisation du Centre de foires et de Place Nikitotek.

De même, M. Lussier a martelé son opposition au projet de relance de l’aéroport régional de Sherbrooke, un dossier prioritaire pour Bernard Sévigny, mais qui n’a jamais abouti faute d’entente avec un transporteur.

L’enjeu des taxes était l’un des points faibles de Bernard Sévigny puisque celles-ci avaient augmenté de 8,4 pour cent au cours de son premier mandat et de 9,9 pour cent durant le deuxième.

De plus, les huit années à la mairie de Bernard Sévigny ont été ponctuées par de profondes réformes dans le monde municipal, de négociations difficiles pour le renflouement des caisses de retraite des employés de la Ville, de même que par certaines controverses, notamment une plainte en déontologie déposée par l’ex-conseiller municipal Jean-François Rouleau concernant un manque allégué de transparence dans le dossier Well. inc.

La candidate de Sherbrooke citoyen, Hélène Pigot, qui avait axé sa campagne sur la participation citoyenne et le développement du transport en commun, a terminé troisième avec près de 20 pour cent des voix.

Dans les districts, les candidats indépendants ont aussi gagné une grande majorité de sièges, alors que seuls deux représentants du Renouveau sherbrookois, Danielle Berthold et Vincent Boutin, ont été réélus, respectivement dans les districts Desranleau et Quatre-Saisons. Évelyne Beaudin, de Sherbrooke citoyen, est parvenue à se faire élire dans le district du Carrefour. Une percée intéressante pour cette jeune formation.

Pour Bernard Sévigny, qui était président de l’Union des municipalités du Québec, et son parti Renouveau sherbrookois, il s’agit d’une défaite aussi surprenante qu’amère.

Le nouveau maire Lussier devra toutefois composer avec une équipe de conseillers diversifiée et démontrer rapidement son habileté à rallier les élus s’il veut mettre de l’avant ses propositions.

Et ce ne sont pas les dossiers ou les défis qui manquent, qu’il s’agisse de l’avenir du projet Well inc., de logement social, ou du Plan de mobilité durable 2012-2021, dont on ignore toujours s’il est en voie d’atteindre ses objectifs de réduire l’utilisation de l’automobile et les émissions de gaz à effet de serre, faute d’évaluation ponctuelle des résultats.

Il reste à voir ce que seront les intentions du nouveau maire Lussier pour ce qui est du projet de centre d’affaires Well inc., confié à un consortium privé, pour lequel il a souvent reproché au maire sortant de ne pas avoir de plan d’affaires et de ne pas avoir une connaissance fine du dossier.

Cette soirée d’élections municipales a également donné lieu à au moins une autre grande surprise, notamment à Montréal où la candidate Valérie Plante, une nouvelle venue, a défait le maire sortant, Denis Coderre, à la suite d’une lutte très serrée.