L'organisme sherbrookois La Cordée a annoncé mercredi qu'il devrait éventuellement fermer son centre de jour de la rue Dufferin, faute d'un financement adéquat. Sur la photo, on aperçoit la présidente du conseil d'administration Nicole Dallaire, Monique, le président de la campagne de financement Patrick Rahimaly, la directrice Brigitte Campeau et Suzanne.

Situation intenable

Faute d’un financement adéquat, La Cordée devra éventuellement fermer son centre de jour de la rue Dufferin. Cet organisme communautaire, implanté à Sherbrooke depuis 35 ans, ne parvient pas à joindre les deux bouts. Au bas mot, il lui manque un peu plus de 142 000 $ pour équilibrer son budget et maintenir pleinement opérationnel son centre de services et de soutien en santé mentale. Pendant ce temps, les interventions du Service de police de Sherbrooke (SPS) pour des cas de santé mentale grimpent en flèche, de 46 % en trois ans. Quelqu’un va-t-il se réveiller et réaliser que les services rendus par cet organisme communautaire sont essentiels?

La direction de La Cordée a cru bon mercredi dernier de convoquer la presse pour faire le bilan de sa situation catastrophique. Depuis deux ans déjà, les dirigeants se démènent comme des diables dans l’eau bénite pour convaincre le CIUSSS de l’Estrie-CHUS et le ministre de la Santé et des Services sociaux, l’ineffable Gaétan Barrette, de relever leur financement. Peine perdue. Les demandes d’aide à répétition sont demeurées « lettre morte » indique la directrice générale, Brigitte Campeau. Quoi? Ces personnes ne méritent même pas un accusé de réception? En plus d’avoir à se heurter quotidiennement aux préjugés, celles-ci ne parviennent pas à attirer seulement l’attention des autorités.

La présidente du conseil d’administration, Nicole Dallaire, demeure très polie. Elle parle d’une « situation intenable », mais aurait bien pu ajouter que l’indifférence du gouvernement est en train de lui casser les reins et de tuer l’entrain de son personnel. Pour maintenir la tête hors de l’eau, La Cordée a déjà diminué les heures d’ouverture de son centre de jour ainsi que les suivis individuels de sa clientèle.

Dans son rapport annuel rendu public jeudi dernier, le directeur du SPS ne peut que constater la progression des ravages en santé mentale. Danny McConnell indique que ses agents doivent intervenir de cinq à sept fois par jour auprès de personnes à l’état mental perturbé. On parle évidemment de situations complexes qui exigent souvent de longues interventions de plus de deux heures. Depuis 2016, le SPS peut compter sur une équipe mobile d’interventions psychosociales regroupant des officiers spécialement formés pour ce genre de problématique.

« C’est un problème de santé et non de sécurité publique », martèle Danny McConnell. Celui-ci fait valoir que Sherbrooke est une terre d’accueil pour des problèmes en santé mentale. Dans un commentaire très personnel, celui-ci note qu’il y a d’ailleurs beaucoup plus de suicides que d’accidents mortels ou avec blessés à Sherbrooke. Non, Sherbrooke n’est pas un cas d’exception. La communauté s’est d’ailleurs prise en main depuis belle lurette. La Cordée en fournit une preuve éloquente. Comment le ministère de la Santé et des Services sociaux, après avoir permis une heureuse désinstitutionnalisation, peut-il lui refuser les fonds nécessaires?

Le maire Steve Lussier est justifié de s’inquiéter de l’impact de la légalisation du cannabis l’été prochain sur les problèmes de santé mentale. Pas besoin d’être un expert en la matière pour se douter qu’un accès facilité au pot, fût-il de qualité, va augmenter les risques de dérapage chez les personnes souffrant de maladie mentale. Les administrations municipales ont raison de presser Québec et Ottawa de leur verser une part substantielle des revenus futurs de la vente du cannabis. Le gouvernement du Québec n’a surtout plus aucun motif de refuser les fonds requis par La Cordée. C’est cet organisme qui va ramasser les pots cassés.