Le Dr Charles Bernard, président du Collège des médecins

Signal d’alarme des médecins

ÉDITORIAL / Le Collège des médecins sonne l’alarme. Dans une lettre transmise cette semaine au ministre de la Santé Gaétan Barrette, l’ordre professionnel s’inquiète que des malades puissent réclamer l’aide médicale à mourir faute de soins palliatifs. Le prochain gouvernement devra s’assurer d’éviter un tel glissement.

Les politiciens aiment bien défendre le libre choix des citoyens. Les Québécois en fin de vie et gravement malades doivent pouvoir faire un véritable choix, libre et éclairé.

Continuer de vivre malgré une grave maladie en pouvant compter sur des soins palliatifs de qualité en attendant que la mort arrive naturellement. Ou, même en présence de bons soins, demander l’aide médicale à mourir pour devancer la mort et quitter ce monde dans les conditions désirées.

L’option de l’aide médicale à mourir ne doit pas être retenue parce que les soins sont insuffisants en CHSLD, parce que les soins à domicile sont trop restreints, parce que les soins palliatifs ne sont pas à la hauteur sur un territoire ou parce qu’il a des économies à réaliser.

Si des malades viennent à souhaiter la mort pour ces raisons, le Québec aura lamentablement échoué et trahira le consensus établi sur un continuum de soins à offrir aux malades en fin de vie.

«Les soins de fin de vie ne peuvent se limiter à l’accès à l’aide médicale à mourir», écrit le président du Collège, Charles Bernard. «Cette option ultime, poursuit-il, n’a de véritable sens, du point de vue médical, que si elle s’inscrit dans une offre de services robuste et complète de soins palliatifs partout au Québec».

Le Collège, qui ne fait pas partie des opposants à l’aide médicale à mourir, constate que plusieurs  patients n’ont pas accès en fin de vie à des soins palliatifs. Le réseau de la santé et des services sociaux ne réussit pas partout à répondre aux demandes. Il a été également rapporté au Collège que lorsque vient le moment d’attribuer les ressources, notamment d’évaluation médicale, psychosociale ou d’accompagnement spirituel, les malades ayant demandé l’aide médicale à mourir ont priorité sur d’autres patients en fin de vie ayant des besoins similaires.

Plusieurs intervenants auraient aussi signalé au Collège  «des abandons et une absence de relève médicale dans plusieurs milieux de soins palliatifs pouvant compromettre l’accès à de tels soins, situation qui irait à l’encontre de l’esprit et de la lettre de la Loi concernant les soins de fin de vie».

Le Québec pourrait s’engager sur une pente glissante s’il ignore ces mises en garde et s’il n’apporte pas rapidement des correctifs.

Certes, le ministère de la Santé a établi un plan de développement des soins de fin de vie pour 2015-2020. Des budgets supplémentaires ont été alloués et certains progrès sont notés. Mais est-ce suffisant?

Le législateur a prévu que la Commission sur les soins de fin de vie fasse rapport sur la situation de l’ensemble des soins de fin de vie.

Or, sur ce point aussi le Collège exprime une inquiétude. «Nos échanges réguliers avec la Commission nous laissent croire qu’avec ses ressources actuelles, elle aura de la difficulté à brosser un portrait de l’état des soins palliatifs actuels étant débordée par la seule évaluation de toutes les déclarations d’aide à mourir qui se font au Québec».

Ce regard indépendant est pourtant essentiel. L’avis d’un ministre ne suffit pas.

L’ordre déplore de plus que l’investissement dans la recherche en soins palliatifs et de fin de vie est fort timide, alors que le vieillissement de la population, les maladies dégénératives et le cancer exigeraient que le Québec soit plus actif.

À quatre mois des élections, les enjeux que le Collège soulève ne peuvent être ignorés.