Les chiffres sont inquiétants. En 2010-2011, 21% des élèves révélaient un niveau élevé de détresse psychologique. En 2016-2017, la proportion a grimpé à 29%.

Si jeunes et souffrants

ÉDITORIAL / De plus en plus de jeunes du secondaire éprouvent des problèmes de santé mentale. Ils ont moins de 18 ans et souffrent de détresse psychologique, d’anxiété, de troubles alimentaires et doivent recourir à la médication. Ça aussi c’est loin d’être banal. L’état de santé des jeunes devrait nous préoccuper tout autant que celui des tout-petits et des aînés.

L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a présenté cette semaine un portrait sombre de la santé mentale des jeunes en 2016-2017. Les élèves du secondaire se portaient mieux il y a six ans.

Les chiffres sont inquiétants. En 2010-2011, 21% des élèves révélaient un niveau élevé de détresse psychologique. En 2016-2017, la proportion a grimpé à 29%.

Les troubles anxieux ont aussi fait un bond important. À 9% il y a six ans, ils touchent maintenant, selon la dernière enquête sur la santé des jeunes du secondaire, 17% des adolescents. Les troubles de l’attention, avec ou sans hyperactivité, sont également en hausse. Ainsi que le recours à des médicaments pour aider les élèves à se concentrer, à s’apaiser.

Quel avenir se prépare-t-on si tant de jeunes sont mal en point? Comment sauront-ils poursuivre des études, occuper un emploi, élever une famille sans hypothéquer ou mettre davantage en péril leur santé, leur équilibre, leur vie?

Que peut-on changer dans nos politiques publiques et dans nos modes de vie pour améliorer la santé mentale des futurs adultes? Les services publics sont-ils adéquats pour répondre à la détresse des jeunes et soutenir leur famille?

Selon l’Organisation mondiale de la santé, la moitié des troubles de santé mentale apparaissent avant 14 ans. Le Commissaire à la santé et au bien-être notait en 2012 que si ces troubles ne sont pas dépistés tôt et traités efficacement, ils entravent l’avenir de la personne au plan social, éducatif et professionnel. Ce n’est pas banal.

D’où la recommandation du commissaire d’inclure la psychothérapie dans le panier de services assurés. Tout comme le Collectif pour l’accès à la psychothérapie, il suggérait que la priorité soit donnée aux jeunes de moins de 25 ans.

Il y a un an, le ministre Gaétan Barrette reconnaissait que l’offre de services en santé mentale n’était pas suffisante. Il avait annoncé un investissement de 35 millions$ pour un programme public de psychothérapie.

Un pas dans la bonne direction, mais d’autres doivent être faits.

La nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, est-elle prête à améliorer les services et les soins en santé mentale?

La santé est une des trois priorités du gouvernement caquiste. Reste à voir si la santé mentale aura sa juste part. Reste à voir si entre le dépistage de troubles de développement chez les tout-petits, l’accroissement des soins à domicile et l’amélioration des soins aux aînés, de l’attention et des efforts seront aussi dirigés vers les jeunes du secondaire.

Évidemment, la responsabilité de la santé mentale des ados n’incombe pas uniquement au réseau de la santé et aux écoles. Chaque famille, chaque parent, chaque jeune doit également s’interroger sur son mode de vie, ses valeurs.

Les objectifs de performance fixés dans différentes sphères de nos vies sont-ils exagérés, conduisent-ils au stress, à l’anxiété? La supervision parentale est-elle adéquate? Le temps passé sur les réseaux sociaux est-il disproportionné par rapport à celui accordé aux activités physiques et au sommeil? La précarité financière de certaines familles mine-t-elle la santé des enfants?

Protéger la santé mentale des jeunes est manifestement une responsabilité partagée.

La santé mentale des jeunes du secondaire se dégrade.