L’entreprise va initialement créer une cinquantaine d’emplois très bien rémunérés, dont des postes d’ingénieurs.

Sherbrooke industrielle

ÉDITORIAL / La société Bitfarms a choisi la ville de Sherbrooke pour implanter son plus gros centre de calculs au pays. Cette entreprise y injectera la coquette somme de 250 M$ afin de loger la technologie nécessaire pour contrôler les transactions sur le réseau bitcoin.

Les promoteurs parlent de cryptomonnaie pour décrire le bitcoin, cet argent virtuel qui sert de plus en plus à défrayer certaines transactions. Sherbrooke se positionne ainsi solidement dans l’économie du futur.

L’entreprise va initialement créer une cinquantaine d’emplois très bien rémunérés, dont des postes d’ingénieurs. À terme, on parle de 250 nouveaux emplois. Le choix de Sherbrooke confirme la position stratégique de la ville, située à proximité des États-Unis et bien desservie par un réseau routier. Autre avantage non négligeable et que le maire Steve Lussier n’a pas manqué de souligner, Hydro-Sherbrooke est en mesure de fournir l’énergie requise en fonction des besoins particuliers de cette société. Par l’achat d’électricité, Bitfarms va également contribuer à la santé financière de la Ville.

La présence de l’Université de Sherbrooke semble également avoir favorisé le choix du site d’implantation. Il y a une dizaine d’années déjà, les cracks de l’informatique de l’Université de Sherbrooke ont été parmi les premiers à faire usage des bitcoins. Ce genre de compagnie nécessite un personnel spécialisé. Celui-ci est d’ailleurs fort recherché, notamment par SherWeb qui, faute de pouvoir combler ses énormes besoins, a été forcée d’ouvrir une antenne à Longueuil.

Bitfarms ouvre également la porte des nouvelles technologies. Pour le commun des mortels, une chaîne de blocs ne signifie pas grand-chose. Le président de Bitfarms estime que ces dernières vont révolutionner nos vies autant que l’arrivée d’Internet. Cette technologie, explique-t-il, est notamment utilisée pour sécuriser des transactions. Elle pourrait aussi permettre l’échange de documents entre individus, sans devoir défrayer les services d’un notaire par exemple. Les spécialistes prévoient que l’intelligence artificielle va un jour remplacer bon nombre d’emplois. Ce jour est peut-être plus près qu’on le pense.

Dans un avenir pas si lointain, ces chaînes de blocs pourront éventuellement servir à la traçabilité des aliments, de la ferme jusqu’à la table. Les éleveurs ont déjà introduit la traçabilité de leurs animaux pour des questions de biosécurité. Un manque de volonté politique empêche toujours de la prolonger jusqu’au consommateur, qui pourrait ainsi connaître facilement la provenance de la viande qu’il achète.

Sherbrooke Innopole se frotte bien sûr les mains devant l’arrivée de cette nouvelle industrie. Cette dernière s’ajoute ainsi à plusieurs autres, dont la multinationale française Soprema, qui fabriquera des panneaux d’isolation thermique en polystyrène extrudé, CanaSher avec son centre de production de cannabis médical ou encore Neptune qui se recycle dans l’huile de cannabis. De bonnes nouvelles en somme qui ont de quoi rendre euphoriques les responsables de Sherbrooke Innopole.

Directrice générale, Josée Fortin dit ainsi travailler déjà à la planification du prochain parc industriel. Même si on s’est bien gardé de dévoiler l’espace convoité, les grands propriétaires fonciers salivent certainement. Ils ont sans doute déjà prévu le coup. Dans cette perspective, le parachèvement de l’autoroute 410 jusqu’aux limites de l’arrondissement Lennoxville afin de contourner Sherbrooke prend toute son importance.

Pour réduire les dépenses de la Ville, le maire Steve Lussier a promis en campagne électorale de ne pas agrandir le parc industriel. Il viendra sans doute à constater que l’investissement peut rapporter gros. La venue de nouvelles entreprises comme Bitfarms et ses 250 emplois représente une jolie entrée de fonds dans les coffres d’une Ville.