La population sherbrookoise apprenait ce mercredi 5 février que les membres du conseil municipal de Sherbrooke avaient voté en majorité en faveur d’un projet résidentiel de 50 maisons à développer sur une propriété accessible par le chemin Rhéaume, dans le secteur de Saint-Élie.

Sherbrooke doit se doter d'une véritable Politique de protection et mise en valeur des milieux naturels

POINT DE VUE / La population sherbrookoise apprenait ce mercredi 5 février que les membres du conseil municipal de Sherbrooke avaient voté en majorité en faveur d’un projet résidentiel de 50 maisons à développer sur une propriété accessible par le chemin Rhéaume, dans le secteur de Saint-Élie. Cette propriété est située dans une zone désignée au Schéma d’aménagement et de développement de la MRC de Sherbrooke comme un territoire d’intérêt ayant un potentiel écologique très fort.

Bien que les fonctionnaires municipaux et les promoteurs aient consacré des efforts louables pour éviter et minimiser les impacts environnementaux d’un éventuel développement domiciliaire, force est de constater qu’il soulève des préoccupations parce qu’il entraînerait un étalement en dehors du périmètre d’urbanisation. 

Notre organisme, Nature Cantons-de-l’Est, œuvre en conservation des milieux naturels depuis plus de 20 ans. C’est à ce titre que nous avons été mandatés par la Ville de Sherbrooke en 2015 afin de proposer une stratégie de conservation pour le bassin versant du ruisseau Rouge, situé entre Saint-Élie et Deauville. 

Notre analyse nous avait conduits à confirmer l’importance écologique du secteur du chemin Rhéaume, principalement parce que le couvert forestier y est peu morcelé, et parce qu’on y trouve un complexe de milieux humides de plus de 8 hectares ayant une très forte valeur écologique. Nous avions alors souligné la nécessité d’en assurer la protection par des ententes contraignantes le plus rapidement possible : en effet, déjà à l’époque, des activités de remblaiement très dommageables pour le milieu humide avaient été constatées sur son pourtour.  

Sans avoir pris connaissance du plus récent plan de lotissement, nous comprenons que le complexe de milieux humides serait en bonne partie protégé. Ceci nous apparaît être cohérent avec la Loi concernant la conservation des milieux humides et hydriques : cette Loi a pour objet « d’éviter les pertes de milieux humides et hydriques et de favoriser la conception de projets qui minimisent leurs impacts sur le milieu récepteur ». 

Les préoccupations exprimées sont toutefois légitimes, puisqu’un développement résidentiel comme celui qui est envisagé occasionnera la perte de couvert forestier et limitera la connectivité écologique des habitats résiduels; ceci résultera en la perte et la fragmentation des habitats de la faune et la flore locales et donc, dans une perte nette de valeur écologique du secteur. 

Nature Cantons-de-l’Est a une approche pragmatique de la conservation et n’intervient généralement pas dans le débat public. En outre, nous estimons que les décisions en matière d’aménagement du territoire appartiennent aux citoyennes et citoyens et à celles et ceux qui les représentent. 

Toutefois, nous croyons nécessaire aujourd’hui de suggérer, en toute cohérence avec nos recommandations de 2015, que la Ville de Sherbrooke se dote à court terme d’une véritable Politique de protection et de mise en valeur des milieux naturels. Ainsi, la Ville pourra aborder la préservation des milieux naturels d’une manière stratégique et concertée. Une telle Politique permettrait d’éviter les problèmes épineux semblables à celui du développement résidentiel dans le secteur du chemin Rhéaume, mais aussi d’autres à venir. Elle permettrait également de cheminer plus résolument vers l’atteinte de la cible de protection de 12 % du territoire municipal. 

La gestion du territoire par l’administration municipale ne consiste pas seulement à planifier son développement, mais également à protéger ses milieux naturels au même titre que la Ville gère le tissu urbain, avec des actions structurées et responsables. En effet, les infrastructures dites grises comme le réseau routier et le bâti font l’objet de processus sérieux de planification; ne devrait-il pas en être de même pour les infrastructures dites vertes? 

En 2020, en plein cœur de la crise des changements climatiques et de la perte massive de la biodiversité, cela nous semble être une obligation envers les générations futures. Bien sûr, cela nécessite un leadership fort. 

Notre organisme est comme toujours disposé à accompagner les initiatives de préservation des milieux naturels, autant celles des propriétaires privés que des acteurs du monde rural ou des instances municipales. Nous l’avons fait depuis des années, et nous comptons poursuivre notre mission de protéger et de mettre en valeur le patrimoine naturel des Cantons-de-l’Est.