Le cas récent d’un enfant de quatre ans mordu au visage par un chien dans une garderie en milieu familial d’Orford démontre l’urgence pour le gouvernement du Québec de mettre en vigueur le projet de loi 128, adopté sous les libéraux en 2018, sur la protection des personnes et l’encadrement des chiens.

Serrer la vis

ÉDITORIAL / Le cas récent d’un enfant de quatre ans mordu au visage par un chien dans une garderie en milieu familial d’Orford démontre l’urgence pour le gouvernement du Québec de mettre en vigueur le projet de loi 128, adopté sous les libéraux en 2018, sur la protection des personnes et l’encadrement des chiens.

Il faut mieux responsabiliser les propriétaires d’animaux.

Le gouvernement poursuit ses travaux en vue d’édicter le règlement d’application de la loi, mais le ministère de la Sécurité publique ne peut dire pour le moment quand celle-ci entrera en vigueur. 

Passons sur le fait que le gros bon sens dicte qu’on ne doit jamais laisser un enfant seul avec un animal sans surveillance et qu’une garderie est bien le dernier endroit où l’on pourrait penser qu’un bambin puisse se faire mordre par un chien.

Ce cas, tout de même aberrant, n’est pas le seul : au cours des dernières années de nombreux enfants et adultes ont été attaqués par des chiens autant dans des lieux privés que publics.

En juin 2016, Christiane Vadnais, une résidente de Pointes-aux-Trembles, a même perdu la vie après avoir été attaquée sur son propre terrain par le chien de son voisin, décrit par le coroner comme un animal agressif et violent. 

Aucune accusation n’avait toutefois été retenue contre le propriétaire. 

Plus près de nous, la joggeuse Dominique Alain avait subi de multiples blessures et doit vivre avec des séquelles sévères après avoir été attaquée par trois chiens laissés sans surveillance sur le chemin de l’Aéroport, dans le canton de Potton, en mars dernier.

Mais, fait rarissime, le propriétaire, Alan Barnes, a été accusé la semaine dernière de négligence criminelle causant des lésions corporelles.

Depuis, la municipalité a confié la gestion des chiens dangereux à la Société protectrice des animaux (SPA) de l’Estrie.

L’organisme évalue le comportement des chiens jugés problématiques et peut, à la limite, en recommander l’euthanasie, comme il l’a fait du reste dans ce dossier.

Chaque attaque par un chien survient dans un contexte particulier, mais dans la plupart des cas, celle-ci implique un animal laissé sans surveillance.

Pourtant, la plupart des règlements municipaux stipulent déjà qu’un chien doit demeurer sous la garde de son maître et être tenu en laisse dans les endroits publics.

Les choses devraient toutefois changer :  la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a annoncé en mai dernier que le gouvernement entend resserrer les règles qui entourent la possession d’un chien, qu’il soit dangereux ou non.

Il appartiendra toutefois aux municipalités d’appliquer le règlement provincial ce qui, on peut le craindre, ne sera pas évident pour les petites agglomérations.

Québec prévoit notamment qu’une municipalité pourra déclarer qu’un chien est potentiellement dangereux, un avis qui sera valide partout dans la province, et qu’en cas d’attaque ou de morsure causant des blessures graves, elle devra désormais ordonner l’euthanasie de l’animal.

Les propriétaires devront quant à eux enregistrer leur animal auprès de leur municipalité et s’assurer qu’il soit en tout temps sous le contrôle d’une personne capable de le maîtriser.

Dans les cas de chiens déclarés potentiellement dangereux, le propriétaire devra s’assurer que son animal demeure dans les limites de sa propriété et le garder en laisse, avec un licou, dans les endroits publics.  

Québec ira-t-il jusqu’à mettre en place un registre provincial des chiens dangereux et obliger les propriétaires à détenir une assurance responsabilité, comme le réclament des victimes d’attaques de chiens? Ce serait souhaitable.

Les autorités publiques et la SPA répètent qu’il faut responsabiliser davantage les propriétaires de chiens par la prévention et la sensibilisation.

La majorité d’entre eux sont sans doute responsables, mais la multiplication des attaques rapportées aux autorités ces dernières années démontre que cela est insuffisant et que des règles plus contraignantes sont nécessaires.