Serrer encore la vis

ÉDITORIAL / C'est malheureux, mais devant les effets trop limités des campagnes de sensibilisation aux dangers de l'utilisation du téléphone portable au volant, des sanctions plus sévères s'imposent, comme le demande pour la deuxième fois depuis 2013 le coroner Yvon Garneau.
Dans un rapport qu'il doit déposer en janvier, M. Garneau juge qu'il est plus que temps de serrer la vis en portant de quatre à neuf le nombre de points d'inaptitude associés à cette infraction au Code de la sécurité routière, comme on l'a fait il y a quelques années pour les automobilistes qui négligent de s'arrêter à l'approche d'un autobus scolaire dont les feux intermittents ou le signal d'arrêt obligatoire fonctionnent.
Le coroner Garneau justifie cette mesure par le fait que, selon lui, les coûteuses campagnes publicitaires de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) ont peu d'effets sur les comportements.
Il cite à cet égard les résultats d'un récent sondage de l'Association canadienne des automobilistes (CAA) selon lesquels un tiers des automobilistes ont envoyé un message texte alors qu'ils étaient immobilisés à un feu rouge au cours du dernier mois.
Les statistiques donnent raison à ce coroner qui a signé plusieurs rapports sur des accidents impliquant l'utilisation du téléphone portable au volant.
De 2010 à 2014, le nombre d'infractions au Québec pour ce type de délit est passé de 48 944 à 67 866, pour diminuer à 55 000 en 2015, selon les données de la SAAQ.
L'organisme attribue ce résultat au fait que le nombre de points d'inaptitude pour ce type d'infraction est passé de trois à quatre en avril 2015.
La SAAQ prévient toutefois que les données pour 2015 ont été colligées durant une période où certains corps policiers exerçaient des moyens de pression.
De toute manière, cela ne change rien au fait que les comportements dangereux et irresponsables sont encore trop présents sur les routes et dans les villes.
Il n'est pas rare de voir des automobilistes en grande conversation téléphonique en plein trafic ou dans les stationnements de centres commerciaux, tout comme on peut fréquemment en observer d'autres louvoyer sur l'autoroute.
Tant la SAAQ que le CAA Québec rappellent que la distraction au volant est la première cause des accidents de la route et que c'est l'utilisation du téléphone cellulaire qui est le principal facteur.
Du reste, l'utilisateur d'un cellulaire au volant est 23 fois plus susceptible de causer ou de risquer d'avoir un accident que celui qui n'est pas distrait.
Au Québec et en Ontario, plusieurs accidents mortels ont été causés par l'utilisation du cellulaire au volant; c'est le cas notamment de David Jubinville, 18 ans, de Coaticook, décédé en mars dernier à la suite d'un dérapage à Compton, un accident que le coroner Richard Drapeau avait attribué à l'utilisation du téléphone portable.
Paradoxalement, la grande majorité des automobilistes fautifs savent que l'utilisation d'un cellulaire au volant est dangereuse et que c'est interdit pas la loi. Mais ils s'imaginent que c'est le problème des autres, que cela n'altère pas leur concentration ou encore qu'ils ne se feront pas prendre.
Il faut reconnaître que le téléphone cellulaire est omniprésent dans nos vies et qu'il est difficile pour bien des gens de s'en priver, même au volant.
L'Ontario, où le nombre de points d'inaptitude pour l'utilisation du téléphone portable au volant est de trois, a choisi d'augmenter le montant de l'amende de 280 à 490 $ en septembre 2015.
Changer les comportements n'est pas facile, mais puisque les campagnes de sensibilisation ne donnent visiblement pas les résultats escomptés, il faudra malheureusement accentuer la répression jusqu'à ce que le message passe.