Il est écrit dans le ciel que cette tragédie va raviver une fois de plus le débat sur le contrôle des armes à feu, d’autant plus que le Nevada est l’un des États où les lois sur la vente d’armes sont parmi les plus permissives du pays.

Série noire

ÉDITORIAL / Avec 59 morts et plus de 500 blessés, la fusillade de dimanche soir à Las Vegas est la pire de l’histoire récente des États-Unis mais elle s’inscrit malheureusement dans une longue série d’événements semblables. Jusqu’où ira cette folie meurtrière dans un pays où il y aurait plus d’armes en circulation que de citoyens?

Hier, les États-Unis étaient encore sous le choc : comment et pourquoi un citoyen américain en apparence sans histoire a-t-il pu abattre de sang-froid autant de personnes venues faire la fête et écouter un spectacle en plein air de musique country?
Alors que les forces de l’ordre amorçaient leur enquête, hier, l’organisation terroriste État islamique a revendiqué cet attentat, ce qui était prévisible jusqu’à un certain point.
Mais, s’il est vrai que ce type d’attaque d’une lâcheté sans nom correspond au mode d’opération du djihad violent, Washington a rapidement émis de sérieux doutes puisque le tireur de 64 ans, Stephen Paddock, qui s’est suicidé, aurait souffert de problèmes psychiatriques.
Il n’empêche que les États-Unis sont le pays avancé et en paix où il se produit le plus de tueries de masse au monde. Et de loin.
Hier, le président Donald Trump a livré un message empreint d’émotion qualifiant « ce geste de mal absolu » et appelant les Américains à faire preuve d’unité malgré leurs divisions.
Et, visiblement, cet homme à qui l’on reproche régulièrement de manquer de compassion et de sens de l’État était bouleversé devant l’ampleur de cette tragédie.
Malheureusement, ce genre d’attaque fait partie de l’histoire contemporaine des États-Unis et, à chaque occasion, les lobbies des armes à feu parviennent à orienter davantage le débat sur les droits des propriétaires d’armes plutôt que sur la sécurité du public.
Pourtant, les statistiques donnent froid dans le dos : depuis le début de l’année 2017, l’organisme Gun Violence Archive a recensé 273 tueries de masse (quatre victimes ou plus) aux États-Unis.
En 2016, 383 événements du genre s’étaient produits.
La tuerie de Las Vegas fait suite à celle d’Orlando en 2016, où un Américain d’origine afghane se réclamant de l’État islamique avait tué 49 personnes dans un club gai, de Virginia Tech, en 2007, où un étudiant avait abattu 32 personnes, de Newtown, en 2012, où un jeune homme avait tué 26 personnes dans une école primaire, dont 20 enfants, et de San Bernardino, en 2015, où un couple d’islamistes radicalisés d’origine pakistanaise avait ouvert le feu lors d’un dîner de Noël, tuant 14 personnes.
Il est écrit dans le ciel que cette tragédie va raviver une fois de plus le débat sur le contrôle des armes à feu, d’autant plus que le Nevada est l’un des États où les lois sur la vente d’armes sont parmi les plus permissives du pays.
Mais dans le climat de grande tension sociale qui sévit actuellement aux États-Unis et devant le lobby de la très puissante National Rifle Association (NRA), qui avait soutenu la candidature de Donald Trump lors des élections présidentielles, est-il possible que les Américains puissent amorcer une profonde réflexion sur cette folie des armes?
L’ancien président Barack Obama avait tenté sans succès, en 2012, à la suite de la tuerie de Newtown, d’obtenir le bannissement des armes d’assaut, mais sa proposition avait été battue par le Sénat.
Donald Trump, un farouche défenseur du Deuxième amendement de la Constitution, une disposition qui remonte à l’époque des pionniers garantissant aux individus le droit de porter des armes, est fortement opposé à un resserrement des règles sur la vente et le contrôle des armes.
N’avait-il pas déclaré en avril dernier devant la NRA que « Vous avez  un ami à la Maison-Blanche »?
Hier, la Maison-Blanche a jugé que le débat sur les armes est prématuré.
Peut-être, mais ce n’est pas une raison pour l’enterrer une fois de plus.