Denis Dufresne
La Tribune
Denis Dufresne
La Ville de Sherbrooke, tout comme les autres agglomérations québécoises, doit entamer une sérieuse réflexion sur la sécurité des piétons à la lumière du Bilan routier 2019 de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).
La Ville de Sherbrooke, tout comme les autres agglomérations québécoises, doit entamer une sérieuse réflexion sur la sécurité des piétons à la lumière du Bilan routier 2019 de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

Sécurité des piétons : une réflexion s’impose

ÉDITORIAL / La Ville de Sherbrooke, tout comme les autres agglomérations québécoises, doit entamer une sérieuse réflexion sur la sécurité des piétons à la lumière du Bilan routier 2019 de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).

Car si le nombre de décès sur les routes de la province a fléchi de 1,3 % entre 2018 à 2019 (et de 3,6 % par rapport à la moyenne de 2015 à 2018), sauf en Estrie où il a doublé, passant de 6 à 12, le nombre de piétons tués stagne (71 en 2019 contre 70 en 2018).

Et cela sans oublier que le nombre de piétons tués sur les routes au Québec avait augmenté de 16,9 % de 2013 à 2017, avant de diminuer de 9,2 % en 2017-2018. 

Aucun piéton n’a perdu la vie en Estrie et à Sherbrooke en 2019 (contre 1 en 2018), ce qui est une bonne nouvelle, mais le nombre de blessés est en augmentation entre 2015 et 2019 à Sherbrooke selon les chiffres de la SAAQ, passant de 37 à 44.

Pour l’ensemble de l’Estrie, le nombre de piétons blessés a légèrement diminué, de 63 en 2015 à 61 en 2019, dont 4 blessés graves (3 à Sherbrooke).

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce bilan peu rassurant au moment même où les villes encouragent leurs citoyens à opter pour le transport actif (marche et vélo) afin de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre.

Selon la SAAQ, « la distraction sous toutes ses formes est la principale cause d’accidents et concerne autant le conducteur du véhicule que le piéton ».

On peut toutefois faire valoir qu’un piéton est beaucoup plus vulnérable qu’un automobiliste ou qu’un conducteur de VUS.

De plus, les risques de blessures ou de mort augmentent avec la taille du véhicule.

Autre aspect, en 2018, le projet de loi 165 avait apporté des modifications au Code de la sécurité routière pour améliorer la sécurité des piétons et cyclistes, dont l’obligation de maintenir une distance de 1 mètre dans les zones de 50 km/h et moins, le respect des passages pour piétons et le concept de rues partagées.

Il y a certes des piétons et des cyclistes délinquants, mais une simple promenade à pied ou en vélo permet de constater que nombre d’automobilistes ne respectent pas ces règles : ils roulent trop rapidement, empiètent sur les passages pour piétons et ignorent ces derniers aux intersections où le virage à droite sur feu rouge est autorisé.

Les villes doivent reconnaître que le combat est inégal entre les automobilistes et les adeptes du transport actif et mettre en place des aménagements sécuritaires pour ces derniers.

Plusieurs organismes réclament de telles mesures, notamment Piétons Québec et Vélo Québec (qui vient de lancer la 2e édition de son guide « Aménager pour les piétons et les cyclistes »).

Même les jeunes du secondaire 4 et 5 qui ont participé récemment au Conseil municipal jeunesse à la Ville de Sherbrooke y sont allés de propositions intéressantes, notamment des stations de vélo près des arrêts d’autobus et chez les grands générateurs de déplacements (Cégep, universités, Carrefour de l’Estrie) et la mise en place de rues partagées avec limite de vitesse à 20 km/h.

Le Centre de mobilité durable de la Ville de Sherbrooke planche pour sa part sur un projet comportant des voies réservées pour les piétons, les cyclistes et les autobus. Il reste à voir si l’audace sera au rendez-vous.

Il est inacceptable que le bilan routier s’améliore sauf pour les piétons.

Pourtant, les idées et les solutions sont là.