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Se taire ou faire usage de sa liberté d’expression citoyenne?

Point de vue
Point de vue
La Tribune
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Quiconque est administrateur ou travailleur dans le réseau de l’éducation n’est plus un citoyen; il doit se taire.

Quiconque est administrateur ou intervenant dans le réseau de la santé et des services sociaux n’est plus non plus un citoyen; il doit se taire aussi.

Ainsi le veut un projet de règlement publié le 24 mars dernier dans la Gazette officielle soumis par le ministère de l’Éducation pour les membres des conseils d’administration des Centres de services scolaires.

Ainsi le veulent les règles de gouvernance régissant le code d’éthique et de déontologie dans le réseau de la santé et des services sociaux.

Ainsi ces individus qui décident de s’investir pour rendre des services les plus adéquats et de qualité possible à diverses clientèles ne peuvent initier des débats sociaux sur la nature, l’organisation et les orientations des services qu’ils rendent. Ils sont pourtant ceux qui, avec les usagers, à proximité du « terrain », sont le plus à même de porter un regard critique et créatif sur les meilleures façons de répondre aux besoins.

La Commisssion Laurent, qui a voulu voir clair et améliorer l’offre et l’organisation des services à l’enfance et à la famille, a consulté largement les intervenants de ce réseau. Elle y a rapidement vu très clair.

32.68 % des commentaires soumis à la Commissaire à la santé et au bien-être dans le cadre de son mandat « d’évaluer la performance du système de santé et des services sociaux dans le contexte de la gestion de la pandémie de COVID-19 » l’ont été par des travailleurs du réseau de la santé et des services sociaux. 

Les gouvernements, depuis quelques années, ont voulu s’inspirer de modes de gestion de l’entreprise dans le réseau des services sociaux en introduisant les principes de la chaîne de montage à la prestation de services. Tout à fait inadéquat et contre-productif. Mais cette fois, on aurait grand avantage à valoriser l’intelligence des travailleurs, comme le font les entreprises d’avant-garde, pour faire évoluer les pratiques et les structures dans ces milieux englués dans la bureaucratie. Et, encore davantage, encourager le discours public dans cette volonté d’innover.

Les administrateurs et les travailleurs des réseaux gouvernementaux de services sont muselés et, pendant ce temps, les lobbys de tout acabit sont ceux qui ont l’écoute des décideurs. Les administrateurs des Centres de services scolaires devront-ils se constituer en association ou, un jour, au bout de leur frustration, démissionner ou demander une commission d’enquête?

Michèle Salvail

Travailleuse sociale à la retraite

Magog