«Ce qu’on ne voit pas, ou qu’on préfère peut-être ne pas voir, ce sont toutes les énergies que nos sociétés consacrent afin d’alimenter les bêtes qui sont les vraies responsables du réchauffement climatique : les villes!» écrit André Verville.

S’arranger pour que ce soient les autres qui polluent à notre place

POINT DE VUE / Être citadin, pour d’aucuns, c’est la quintessence d’une empreinte écologique responsable et soucieuse de l’environnement. Faire son épicerie à pied, se rendre au travail à pied ou en vélo, utiliser les transports en commun, voilà pour bien des gens la voie de l’avenir en termes de responsabilité environnementale. Avec l’appui de la science, bien sûr, qui conclut que routes et ponts ne font qu’exacerber les problématiques de congestion routière sans changer nos comportements.

Ce qu’on ne voit pas, ou qu’on préfère peut-être ne pas voir, ce sont toutes les énergies que nos sociétés consacrent afin d’alimenter les bêtes qui sont les vraies responsables du réchauffement climatique : les villes!

Pour la petite baguette de pain que l’on rapporte sous son bras à pied et le coeur léger de l’épicerie du quartier, il y a des camionneurs et des livreurs qui ont transporté à notre place les marchandises nécessaires à sa fabrication. Il y a en fait toute une infrastructure de distribution de biens et de denrées qui a été mise en place pour répondre à nos besoins et c’est à partir de gigantesques entrepôts que ça se fait, entrepôts qu’on a vite fait d’expulser à la périphérie de notre cocon urbain, là où il y a bien sûr ces autoroutes qu’on aime tant démoniser.

Pour mettre à notre disposition de beaux tramways tout neufs qui vont bien sûr fonctionner à l’électricité, on devra éventrer nos rues pendant des années avec de la machinerie lourde qui fonctionne au diesel afin d’y réaménager des infrastructures pourtant fonctionnelles. Quand on entendra «bip-bip» à longueur de jour durant les prochaines années, on pourra se dire qu’il y a émission de calibre industriel de gaz à effet de serre afin d’éviter aux citoyens de Québec d’en produire eux-mêmes. En passant, où se sont installées toutes ces entreprises de construction et leur machinerie encombrante? En périphérie : on ne veut pas les voir en ville et elles devront déguerpir quand elles auront terminé leur travail!

Alors que plus les villes sont populeuses, plus elles imposent des contraintes à leurs périphéries, il est trop facile pour les bénéficiaires de ces infrastructures coûteuses et complexes de faire la leçon aux autres en brandissant fièrement comment, eux, comme individus, ne produisent finalement que quelques grammes de gaz à effet de serre par année.

Je veux bien croire que le bilan au final quant à l’empreinte environnementale par individu est plus bas pour un citoyen urbain que pour celui de la banlieue, mais la réalité est plus subtile. Aucune ville ne pourrait exister s’il n’y avait pas de banlieues à son service dans sa périphérie, qu’elle pourra ensuite allègrement blâmer pour tous les maux qu’elle a elle-même engendrés.