François Legault a précisé qu’il n’est pas question de privatiser la SAQ s’il devient premier ministre. Philippe Couillard ferme également la porte à cette option.

SAQ: oublions la privatisation

ÉDITORIAL / La modération a bien meilleur goût et il devrait en être de même lorsqu’il s’agit de revoir le modèle d’affaires de la Société des alcools du Québec (SAQ), selon un rapport de PricewaterhouseCoopers (PwC) remis au ministre des Finances. Difficile après la mise en garde de la firme de promouvoir la privatisation de la société d’État et de faire miroiter des baisses de prix des vins et des spiritueux.

Le chef de la CAQ, François Legault, semble l’avoir compris et ne pas vouloir donner suite au désir de son candidat Youri Chassin qui réclamait la privatisation de la SAQ lorsqu’il était à l’Institut économique de Montréal.

Dimanche, M. Legault a précisé qu’il n’est pas question de privatiser la SAQ s’il devient premier ministre. Philippe Couillard ferme également la porte à cette option.

Toutefois, les deux formations politiques n’abandonnent pas l’idée d’ajouter un peu de concurrence dans le commerce des boissons alcoolisées.

Après la publication du rapport de PwC, il deviendrait cependant gênant de se lancer dans un démantèlement de la SAQ qui ferait très peu de gagnants.

Ceux qui croient encore que les prix des bouteilles se mettront à baisser si Québec accroît la concurrence risquent de déchanter. «[…] il demeure que la prise en charge par le privé ne garantira pas une diminution de prix pour les consommateurs. Au contraire, il est plutôt probable que nous voyions une hausse de prix se matérialiser dans le temps», écrivent les auteurs du rapport. 

Il serait aussi illusoire de penser que la diversité des produits augmentera sur tout le territoire si le prochain gouvernement permet à des commerçants d’importer et de mettre sur le marché des produits de niche. PwC a constaté que les boutiques spécialisées se développent dans les grandes métropoles et non dans les régions.

«Nos travaux démontrent que tous les scénarios de privatisation et d’augmentation de la concurrence présentent une proportion significatif d’impacts négatifs lorsqu’ils sont comparés au statu quo. La prudence est donc de mise avant de procéder à des changements importants dans le modèle d’affaires de la SAQ. Nous croyons que certains travaux sont requis avant de prendre une décision quant à la modification du modèle d’affaires actuel de la SAQ.»

En période électorale, il est évidemment difficile pour des politiciens de dire non à des individus ou à des entreprises qui voudraient prendre une place accrue dans le commerce des boissons alcoolisées.

Souhaitons que prudence et ri­gueur dominent chez les élus qui se retrouveront aux commandes.

Certes, comme toute organisation, la SAQ a des défis à relever, des façons de faire à améliorer. Même si la société d’État a réussi à diminuer de 25 à 16 % ses frais d’exploitation depuis 2005, du travail reste à faire mais ce n’est pas le «monopole» improductif et inefficace décrit par ses détracteurs.

Le Québec devrait faire comme l’Alberta en 1993 et privatiser la SAQ? PwC relève que les prix de l’alcool ont augmenté plus rapidement que l’ensemble des autres biens en Alberta et que c’est au Québec «que la dynamique de croissance de l’inflation de panier de boissons alcoolisées a été la plus faible des juridictions à l’étude». L’Ontario, la Colombie-Britannique, le Québec et l’Alberta étaient sous la loupe.

Il n’est pas non plus inutile de rappeler que la SAQ n’a pas le monopole des ventes d’alcool au Québec. Citant des données de Statistique Canada, la firme PwC indique que les ventes totales de produits alcoolisés se sont élevées à 5,3 G$ en 2016-2017, et que la SAQ a déclaré des revenus avant taxes de 3,1 G$ durant la même période. Les dividendes qu’elle verse au gouvernement profitent à tous les Québécois.