Selon l'auteure de cette lettre, les projets dictés par le ministre Barrette sont ultra-encadrés et ne laissent que peu de latitude aux gestionnaires, lesquels de surcroît sont rarement consultés sur la faisabilité des projets, la disponibilité des ressources ou sur la priorisation des dossiers.

Santé et services sociaux: les gestionnaires menottés

Depuis le début de la semaine, la réalité vécue par les infirmières fait la manchette. À la suite du cri du cœur lancé sur Facebook par madame Émilie Ricard, les médias, le premier ministre, le ministre de la Santé et des Services sociaux et les différents acteurs du réseau se sont mutuellement désignés comme responsables.

Malheureusement, certains ont, encore une fois, osé tenir les gestionnaires pour seuls responsables de cette situation.

Pourtant, la situation décrite par madame Ricard est à l’image de la réalité vécue par tous les acteurs du réseau incluant les gestionnaires. Les projets dictés par le ministre sont ultra-encadrés et ne laissent que peu de latitude aux gestionnaires, lesquels de surcroît sont rarement consultés sur la faisabilité des projets, la disponibilité des ressources ou sur la priorisation des dossiers.

Parmi tous les acteurs du réseau, peu ont le courage de sonner l’alerte à visage découvert comme l’a fait madame Ricard. Toutefois, il faut encourager ces personnes à le faire, car, en donnant un visage aux difficultés du réseau, elles interpellent la population et obligent le ministre Barrette à justifier sa réforme.

Bien qu’ils n’occupent pas la place publique, les gestionnaires vivent de grandes difficultés dans leur quotidien. D’ailleurs, au cours des dernières années, l’AGESSS a fait plusieurs sorties publiques dénonçant les conditions d’exercice difficiles des gestionnaires et sonnant l’alerte sur l’état du réseau.

Les gestionnaires sont les premiers défenseurs de la nécessité d’un réseau public de santé et de services sociaux de qualité, de proximité et accessible à la population. À l’instar de tout le personnel du réseau, ils œuvrent au quotidien dans ce sens. Mais présentement, avec la réforme et l’attitude du ministre Barrette, ils ne disposent pas des moyens pour atteindre ces objectifs. 

Au fil des mois, tous les acteurs du réseau ont dénoncé des situations et ont demandé à être entendus par le ministre Barrette. Bien peu ont réussi.

Et maintenant, le premier ministre et son ministre, responsables du présent cafouillage, demandent aux syndicats et aux autres associations de trouver des solutions. Ce changement d’attitude laisse perplexe. Est-ce que cette fois ils sauront faire preuve d’humilité, écouter les suggestions et mettre en œuvre les solutions communes ?

Sauront-ils mettre sur pied une véritable consultation de tous les intervenants du réseau de la santé et des services sociaux, à commencer par les gestionnaires sur le terrain, pour déterminer les priorités ainsi que les solutions à mettre en place dans l’organisation des soins et services tout en prenant soin de mettre l’usager véritablement au cœur des préoccupations ?

Nous le souhaitons ardemment pour le bien-être de tous les travailleurs et pour la survie du réseau.

Chantal Marchand, Présidente-directrice générale, Association des gestionnaires des établissements de santé et de services sociaux (AGESSS)