Les élus doivent certes être solidaires des décisions du conseil et faire preuve de loyauté, mais les désaccords, voire la dissidence, font partie des règles du jeu en démocratie.

Santé démocratique

OPINIONS // La récente sortie de la conseillère Évelyne Beaudin, qui dénonce l’usage abusif de la procédure du huis clos au conseil municipal de la Ville de Sherbrooke, devrait susciter une profonde réflexion chez les élus sur la démocratie municipale et la participation citoyenne.

Selon Mme Beaudin, les élus consacreraient deux fois plus de temps à discuter des dossiers municipaux en l’absence des citoyens qu’en assemblée publique.

Son constat est sévère : elle estime que les citoyens n’ont pas accès à toute l’information à laquelle ils auraient droit et ne se font pas expliquer les enjeux qui les concernent « car tout est discuté et canné d’avance à huis clos ».  

On comprend que des dossiers stratégiques, d’ordre économique ou juridique par exemple, doivent parfois être abordés à huis clos. Mais cette pratique ne devrait pas s’étendre aux affaires courantes et encore moins aux enjeux qui touchent directement les citoyens.

La situation décrite par Mme Beaudin apparaît d’autant plus troublante que le huis clos ne fait pas l’objet de règles claires à la Ville de Sherbrooke pour ce qui est des dossiers qui doivent d’abord être discutés entre élus et ceux qui peuvent être traités directement en public.

Et cela n’a rien à voir avec la compétence, la qualité du travail et le dévouement des élus et membres du comité exécutif. 

Le problème, toutefois, déborde la question du huis clos.

Car les dernières années ont été caractérisées par un climat parfois malsain au conseil municipal au point ou des citoyens se sont sentis muselés – l’un d’eux, Pascal Cyr, a même été banni de l’hôtel de ville en juin dernier pour six mois – tandis que des élus ont estimé avoir été placés devant un fait accompli dans le traitement de certains dossiers.

Tout récemment, à la suite de la réaction de citoyens, on a dû modifier une clause du nouveau code d’éthique des élus qui leur interdisait de reconnaître ou de laisser entendre que la Ville ou un organisme municipal avait fait une erreur ou était responsable d’une situation préjudiciable.

Pour le politologue Antonin-Xavier Fournier, du Cégep de Sherbrooke, tout cela « est un symptôme d’une dynamique malsaine dans la relation entre les citoyens et les gouvernants ».

Les élus doivent certes être solidaires des décisions du conseil et faire preuve de loyauté, mais les désaccords, voire la dissidence, font partie des règles du jeu en démocratie.

Les élus, qui sont les représentants des citoyens, veulent pouvoir exprimer leurs opinions.

Les gouvernements municipaux sont les plus proches des citoyens; la santé démocratique municipale passe par la transparence et la participation de ces derniers.

Parallèlement, les assemblées du conseil municipal doivent être un lieu d’échange sur le devenir collectif où les citoyens doivent sentir qu’on les écoute et qu’ils sont partie prenante dans les enjeux qui les touchent.

Le droit de parole des citoyens ne doit pas être perçu comme un fardeau, ce qui implique bien sûr que ceux-ci doivent faire preuve de respect et suivre le protocole lorsqu’ils s’expriment devant les élus. 

Malheureusement, nombre de citoyens estiment ne pas avoir de prise sur les décisions qui les concernent.

Dans ce contexte, faut-il s’étonner de la baisse du taux de participation aux élections municipales au Québec? Moins d’un électeur sur deux a voté dans les grandes villes de la province en 2017. 

À Sherbrooke, le taux de participation a été de 44,1 %.

Tout ce débat sur le manque de transparence donne une mauvaise image de la Ville de Sherbrooke, même si on a vu pire ailleurs.

À la veille de l’adoption du nouveau code d’éthique, il serait bien que les élus règlent la question et puissent se consacrer pleinement aux enjeux et aux défis collectifs de l’heure.