Rien n'est gagné

Éditorial / Avec une cote « D » durant la majorité du temps, l'été dernier, il faut faire preuve d'un certain optimisme pour ce qui est de l'amélioration de la qualité de l'eau du lac des Nations et de son tributaire, la rivière Magog.
Le bilan du programme de surveillance du lac des Nations lancé l'an dernier par la Ville de Sherbrooke, avec la Direction de la santé publique, l'école de ski nautique et le ministère de l'Environnement, est plutôt décevant : il démontre que la cote « D » (eau de mauvaise qualité) a été observée 21 fois sur les 37 jours d'échantillonnage, soit 60 pour cent du temps.
Comment expliquer un tel résultat après des années d'efforts et d'investissements à coups de millions $ pour améliorer l'efficacité des stations d'épuration, identifier les raccordements d'égout illicites et réduire les apports en sédiments dans ce cours d'eau?
Sans compter tout le travail accompli pendant plus de 30 ans par la défunte Corporation de gestion CHARMES, l'ancienne « conscience environnementale des Sherbrookois », pour sensibiliser la population à la préservation de l'environnement et de la biodiversité et les interventions pour protéger la qualité de l'eau... une mission aujourd'hui disparue, ou presque.
Le problème de la rivière Magog et du lac des Nations est archiconnu : les raccordements d'égout illicites, un phénomène que la Ville de Sherbrooke tente d'éradiquer avec plus ou moins de succès depuis quelques années, la sédimentation et les eaux de ruissellement des terres agricoles, de même que les surverses, c'est-à-dire les rejets épisodiques d'eaux usées non traitées lorsque les stations d'épuration n'arrivent pas à fournir en raison de fortes pluies.
Le problème des déversements d'eaux non traitées n'est pas propre à Sherbrooke : plus de 45 000 cas ont été répertoriés au Québec, dont 1245 à Sherbrooke, selon les données du ministère des Affaires municipales pour 2013, dernières données disponibles.
Les suivis de la Ville de Sherbrooke sur le lac des Nations démontrent toutefois que les apports en eaux usées non traitées surviennent également par temps sec, ce qui pointe vers des raccordements illicites entre l'égout sanitaire et pluvial dans les immeubles, signale Chantal Pelchat, chargée de projets en environnement.
En 2016, la Ville avait constaté que le problème des raccordements illicites et du dépassement des normes pour les concentrations en coliformes fécaux était présent sur la portion de la rivière Magog située entre le barrage Drummond et l'entrée du lac des Nations.
Un suivi plus serré s'impose pour s'assurer que les raccordements soient effectués correctement par des professionnels.
La Ville poursuivra ses recherches cet été pour détecter les raccordements fautifs, un travail long et fastidieux, notamment dans les secteurs des rues des Quatre-Pins, Roy et Mi-Vallon, identifiés comme plus problématiques.
Il semble donc que le temps des constats est terminé et que les élus sherbrookois tout comme les responsables de l'environnement et de la planification urbaine ont une volonté commune de corriger la situation.
Toutefois, il est bien difficile de savoir quand le bilan de santé du lac des Nations va s'améliorer et il y a fort à parier que bien des citoyens n'y croient plus.
Mais tout n'est pas noir : par exemple, la qualité de l'eau à la plage Blanchard s'est améliorée depuis 2015 grâce à un meilleur contrôle des oiseaux aquatiques.
De plus, en dépit d'une forte urbanisation à proximité de la rivière Magog, notamment dans le secteur Rock Forest et aux deux extrémités du pont Jacques-Cartier, la qualité de l'eau est demeurée relativement stable au fil des ans, à tout le moins elle ne s'est pas détériorée.
Mais, visiblement, rien n'est gagné.