Revenu minimum garanti : une occasion manquée

Je suis une personne assistée sociale ayant plusieurs contraintes à l’emploi. Je suis de ceux et celles dont le marché du travail ne veut pas parce que les emplois ne sont pas adaptés à nos besoins ou à cause des préjugés véhiculés à notre égard.

Mais malgré ma situation de pauvreté extrême, je refuse de baisser les bras en étant utile à la société à ma façon et à l’intérieur de mes limites. Contrairement à la croyance populaire, et malgré l’anxiété quotidienne reliée à ma situation de pauvreté qui affecte ma santé, j’apporte une contribution à la société en m’impliquant bénévolement dans un organisme communautaire.

Pour moi, l’idée d’un revenu minimum garanti inconditionnel couvrant l’ensemble des besoins de base suscite, malgré plusieurs doutes sur la forme qu’il pourrait prendre, l’espoir d’une sortie de la misère mais aussi d’une reconnaissance de la contribution des personnes en situation de pauvreté. L’espoir que nous soyons reconnus comme des citoyens et citoyennes à part entière et non, contrairement au préjugé entretenu, comme des personnes qui ne font rien et préfèrent vivre aux crochets de la société.

Pour nous, ce préjugé est un des plus lourds à porter. Reconnaître notre contribution en nous permettant «de passer le mois» en assurant la couverture des besoins de base améliorerait notre santé, notre estime de soi et notre capacité d’agir et d’être utiles.

Malheureusement, il semble qu’il est plus important pour nos décideurs politiques de maintenir en place un système qui accroit les inégalités en permettant l’évasion fiscale que de reconnaître, par un revenu décent et inconditionnel, la contribution de ceux et celles d’entre nous qui sont exclus. Malgré le discours qui dit qu’il faut créer la richesse avant de la redistribuer, jamais dans l’histoire de l’humanité autant de richesse n’a été concentrée dans les mains de si peu de personnes. Et le Québec ne fait pas exception à cette règle.

Dans une société qui refuse de créer des emplois adaptés et qui discrimine sur la base des préjugés, un véritable plan d’action contre la pauvreté ne doit laisser personne derrière. Un revenu minimum garanti et inconditionnel à la hauteur des besoins de base est possible sans sacrifier nos services sociaux pour le mieux-être de toutes et de tous. Nous en avons les moyens.

Sylvain Caron,
Bénévole et militant au Groupe d’information et de défense des droits sociaux de Sainte-Julienne (GIDDS)
Rawdon