En annonçant le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem, Donald Trump a pris position en faveur d’Israël comme jamais un président américain avait fait avant lui.

Retour du néoconservatisme à Washington?

ANALYSE / En 2016, Donald Trump a fait campagne contre la politique étrangère néoconservatrice. Or, depuis huit mois, il donne de plus en plus de signes qu’il s’est joint à leur camp. Ce constat repose sur la reconfiguration de son équipe, son alignement inconditionnel à l’égard d’Israël, sa détermination à imposer des décisions unilatérales sans tenir compte des avis et des intérêts de ses alliés traditionnels, et sa décision de décertifier l’accord avec l’Iran sur le nucléaire.

En mars et avril, Trump a renvoyé son secrétaire d’État, Rex Tillerson, et H. R. McMaster, son conseiller à la sécurité nationale. Tous deux exprimaient une vision modérée et préconisaient une politique étrangère basée sur la prudence et le multilatéralisme. Or, ils furent remplacés au secrétariat d’État par Mike Pompeo et à la sécurité nationale par John Bolton.

Pompeo, de tendance ultraconservatrice, s’est démarqué à la chambre des représentants par son appui manifeste en faveur de la torture. En tant que directeur de la CIA, il a affiché son soutien inconditionnel à une politique « agressive, brutale, impitoyable, implacable ». Quant à Bolton, il était déjà identifié durant le premier mandat de George W. Bush comme un des représentants les plus réactionnaires de la frange néoconservatrice qui dominait alors l’administration américaine.

En annonçant le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem, Donald Trump a pris position en faveur d’Israël comme jamais un président américain avait fait avant lui. Avec cet alignement inconditionnel en faveur d’un gouvernement israélien de droite, les États-Unis ont cessé d’être un intermédiaire neutre, au moins aux yeux des Palestiniens. Plus encore, la décision de Trump rend presque impossible la reprise des négociations de paix. La diplomatie américaine au Moyen-Orient devient pour ainsi dire à la remorque de la politique agressive d’Israël.

Dans ses prises de position, particulièrement au Moyen-Orient, Trump a fait fi de toutes les recommandations modérées des alliés traditionnels européens et arabes des États-Unis. Des pays comme la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la France, l’Italie et le Japon ont cherché sans succès de prévenir plusieurs décisions américaines qu’ils considéraient comme malavisées, imprudentes et une menace à la paix dans la région. En ce sens, sous l’administration Trump, on assiste à un retour à l’unilatéralisme américain comme attesté sous le premier mandat de George W. Bush au lendemain du 11 septembre 2001.

La décision de la semaine dernière de décertifier l’accord sur le nucléaire pourtant signé avec les cinq membres du Conseil de Sécurité et l’Allemagne est la dernière preuve du retour en force des néoconservateurs dans la stratégie de Washington. Ce faisant, Trump adhère ouvertement à la rhétorique des faucons de la droite israélienne, eux qui affirment que l’Iran s’emploie à détruire Israël et à dominer toute la région. Or, il faut se rappeler que le premier ministre Netanyahu n’a pas été en mesure de convaincre les administrations Bush et Obama d’autoriser Israël à procéder à des frappes préventives contre l’Iran.

Par surcroît, l’accord iranien sur le nucléaire représente un grand succès de la politique américaine sous Obama. Des inspecteurs américains et internationaux sont en Iran vérifiant et revérifiant quotidiennement ses installations. L’Iran est soumis au régime le plus complet et intrusif jamais mis en place par la communauté internationale. La tricherie est impossible.

D’ailleurs, John Mattis, le propre secrétaire à la défense de Trump, confirme que l’Iran respecte intégralement l’accord et qu’il est du meilleur intérêt des États-Unis de préserver celui-ci. Le général Joseph Dunford, le chef de l’État-Major de l’Armée, soutient aussi ce point de vue.

En dépit de cela, Trump affirme que l’accord avec l’Iran est fondamentalement défectueux. Voire même pourri! Qu’est-ce qu’il lui reproche-t-il donc? Allant à l’encontre de l’avis des experts, Trump affirme que les dispositions d’inspection manquent de mécanismes adéquats « pour prévenir, détecter et punir la tricherie ».

De plus, il reproche à l’accord de ne rien faire pour contrer les présumées activités de déstabilisation de l’Iran au Moyen-Orient et pour contrôler son développement de missiles balistiques. En somme, il reproche à l’accord de ne pas être assez large et global.

Or, il ne faut pas oublier que l’objectif principal des néoconservateurs, leur rêve générationnel, est de déclencher une guerre totale avec l’Iran, voire provoquer la chute du régime des Mollahs. Aussi, depuis 2015, les néoconservateurs cherchent par tous les moyens à saper l’accord. Ce faisant, ils espèrent que sa décertification va conduire à une guerre qui se solderait par un changement de régime en Iran.

En ce sens, la décision de décertifier l’accord iranien représente un des moments les plus significatifs de la présidence de Donald Trump. Cette annonce fait fi de la parole d’honneur des États-Unis, en plus de décevoir ses alliés traditionnels et au risque de créer une crise mondiale majeure. Plus encore, alors qu’il désavoue personnellement l’accord, il avertit d’entrée de jeu que si l’Iran ne continue pas de se plier à l’accord, elle subira les pires conséquences.

C’est dans ce contexte que dans une entrevue percutante à la revue The Nation, l’analyste de renom le professeur Michael Klare affirme qu’il est devenu impossible de sauver l’accord. L’absence de plan B chez Trump pour forcer les Iraniens à retourner à la table de négociation ne peut que conduire à la guerre. Allons-nous donc assister à une répétition de l’histoire. L’avenir nous le dira.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.