Reprise d'un navet

ÉDITORIAL / Les travailleurs de l'industrie du bois, les scieries, les municipalités et les politiciens de partout au Canada, y compris en Estrie, sont forcés de rejouer dans ce qui fut un navet au début des années 2000.
Tout cela parce qu'un nouveau producteur, fort en gueule, qui se croit parfois à Hollywood, du nom de Donald Trump, repousse du revers de la main des faits historiques et propose un nouveau scénario basé sur sa propre lecture des échanges commerciaux avec le Canada, plus particulièrement dans le secteur du bois d'oeuvre. Nous revoilà en plein coeur d'un vieux drame historique.
Il reste néanmoins que M. Trump impose aux Canadiens un nouveau tournage coûteux qui risque de s'échelonner sur quelques années avec la répétition des mêmes scènes peu reluisantes d'un conflit commercial. Le département américain du Commerce a imposé mardi des droits compensatoires sur les exportations canadiennes de bois d'oeuvre, qui varient entre 3 et 24 pour cent. Des droits antidumping peuvent aussi s'ajouter en juin.
Depuis le début des années 1980 que les pourparlers entre le Canada et les États-Unis sur ce sujet sont difficiles et teintés d'affrontements devant des instances internationales. Les États-Unis ont multiplié les recours. Chaque fois, les tribunaux de l'Accord de libre-échange nord-américain et l'Organisation mondiale du commerce ont donné raison au Canada.
Le dernier accord global, conclu en 2006, après des années de querelles, est échu depuis plus d'un an.
Il était évident que le nouveau président accueillerait avec enthousiasme les pressions du lobby américain U.S. Lumber Coalition qui réclame une nouvelle entente pour mettre fin aux présumées pratiques commerciales injustes du Canada. M. Trump qui veut plus largement revoir de nombreux éléments de l'accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique n'allait pas se priver de cet enjeu qui est soulevé depuis de nombreuses années.
Les Américains sont cependant de très mauvais perdants en revenant à la charge encore une fois avec ce dossier qui a déjà fait l'objet de longs débats et de décisions arbitrales.
Cette guerre commerciale aura des impacts importants au pays et au Québec. Plus de 220 municipalités québécoises comptent beaucoup sur le secteur forestier et la décision américaine peut avoir un impact de 200 millions de dollars, selon l'Union des municipalités du Québec. C'est énorme. Le gouvernement québécois a déjà promis d'aider les scieries et les exportateurs. Le Canada promet aussi une aide. Les modalités de l'aide canadienne ne sont toutefois pas connues même si le conflit se dessine depuis des mois. Le gouvernement Trudeau devra démontrer qu'il était prêt à agir. Après tout, 201 645 personnes travaillaient dans le secteur forestier au pays en 2015. La valeur de toutes les exportations canadiennes du secteur forestier était de 22,1 milliards, toujours en 2015.
Plus près de nous, il est beaucoup trop tôt pour connaître les impacts réels des mesures annoncées par les États-Unis sur les scieries de l'Estrie. Il faut espérer que tout comme au début des années 2000 ceux-ci seront moindres en raison du fait que la majorité de la production en Estrie provient de l'exploitation de forêts privées ou encore de la transformation de bois provenant déjà du côté américain.
Le Canada n'aura pas le choix de participer à une ronde de négociation avec la nouvelle administration américaine au sujet du libre-échange. Il faut juste espérer que le Canada sera capable de résister aux pressions américaines et de conserver des milliers d'emplois importants dans les régions du pays, tant au niveau de la production du bois d'oeuvre que des produits laitiers.
L'industrie forestière a déjà beaucoup souffert dans la dernière décennie du ralentissement de l'industrie de la construction et de l'économie.