Réparation d'abord

Éditorial / En septembre prochain, les adultes qui ont commis un crime mineur pourront profiter d'un programme de mesures alternatives. Le district judiciaire Saint-François à Sherbrooke vient d'être désigné région pilote pour une période de 18 mois. En gros, les personnes accusées d'infractions criminelles légères pourront se racheter en réparant les torts causés à leurs victimes.
Cette formule existe d'ailleurs déjà depuis plusieurs années chez les adolescents et les autochtones. L'organisme de justice alternative Le Pont proposait de l'étendre à la clientèle adulte. Directeur à Sherbrooke, Pierre Marcoux peut témoigner des succès du programme. Avant la punition de l'accusé, dit-il, c'est la réparation envers la victime qui est priorisée.
Dans son dernier rapport d'activités, Le Pont fait état de 124 victimes. Un quart seulement de celles-ci a accepté de participer à un processus de médiation, notamment avec l'espoir et le désir, dans une proportion de 44 %, de voir le jeune reprendre le droit chemin.
Ces chiffres démontrent que cette formule ne convient pas à tout le monde. Les victimes ne se sentent pas toujours la force de confronter l'auteur du méfait. À leur désir d'obtenir justice, quelques-uns vont éprouver également un besoin de réparation. En 2016-2017, Le Pont a traité 44 mesures de réparation envers 54 victimes. Ces mesures prennent différentes formes; lettre d'excuses, travaux communautaires ou simplement une rencontre d'explications.
Ces derniers temps, les délais déraisonnables du système judiciaire ont attiré de vives critiques. Le nombre insuffisant de juges et principalement l'arrêt Jordan de la Cour suprême, qui a jusqu'ici entraîné la libération de quelques criminels dangereux, indiquent bien que de nouvelles avenues doivent être explorées. Notre système judiciaire s'est embourbé et aucune solution miracle ne pointe à l'horizon. C'est donc un ensemble de moyens, à commencer par les mesures alternatives pour les adultes, qui permettront un jour de le désengorger.
« C'est une avancée importante en matière de justice et de société », a commenté avec justesse Pierre Marcoux au sujet de ce programme. Bien sûr, ce projet est volontaire et exclut certains crimes, comme les infractions d'ordre sexuel, l'abus de confiance ou la maltraitance. Il ne s'appliquera qu'aux infractions mineures et passibles de peines maximales de moins de cinq ans.
La synergie développée entre les intervenants chez les adolescents a sans doute milité en faveur du choix de Sherbrooke pour ce projet pilote. Ils méritent nos félicitations.
La solidité de notre système judiciaire repose en bonne partie sur le lien de confiance avec les citoyens. Même si la Justice a le bras long, quand des criminels dangereux ou des bandits à cravate parviennent à lui échapper, l'opinion publique en prend pour son rhume. L'introduction d'un programme de réparations directes aux victimes est certes de nature à rassurer le public, et ce, tout en allégeant le système. Parce que cette formule implique les victimes, Pierre Marcoux croit qu'on favorise aussi un meilleur accès à la justice. À long terme, il est à espérer que le processus judiciaire retrouvera un bon rythme de croisière, conforme aux exigences de l'arrêt Jordan.
Un autre programme d'accompagnement, cette fois pour les personnes présentant des problèmes de santé mentale, est aussi en implantation à Sherbrooke. Intoxiquées ou en état de crise, ces personnes se retrouvent trop souvent devant un tribunal, d'où le syndrome des portes tournantes. La légalisation de la marijuana et sa vente libre dans moins d'un an risquent d'aggraver le phénomène. Il est rassurant de voir les intervenants judiciaires prendre les devants.