Steve Lussier

Régime minceur

ÉDITORIAL / En respectant sa promesse d’un gel de la taxe foncière en 2018, le maire Steve Lussier fera évidemment plaisir aux contribuables échaudés par la hausse appréciable de leur fardeau fiscal sous l’administration de l’ancien maire Bernard Sévigny.

Mais il place ainsi les finances de la Ville de Sherbrooke sur la corde raide.

Car cette promesse phare de la dernière campagne électorale réduit passablement la marge de manoeuvre budgétaire de la Ville en cas d’événements imprévus, qu’il s’agisse d’une hausse des taux d’intérêt, d’une nouvelle facture du centre de revalorisation des matières résiduelles Valoris, qui a déjà haussé ses tarifs à deux reprises depuis un an et est toujours en difficulté, ou tout simplement d’une bonne tempête de neige.  

En outre, peut-on craindre pour la qualité de certains services municipaux?

Car pour en arriver à un gel de la taxe foncière, les élus ont fortement diminué les sommes destinées aux demandes additionnelles des services municipaux, qui passent de 3,9 millions $ en 2017 à 813 000 $ en 2018 alors que les demandes s’élevaient à 4,1 millions $.  

En outre, la Ville réduira de 450 000 $ sa contribution de l’année 2017 à la Société de transport de Sherbrooke (STS), qui a vu ses coûts de carburant être moins élevés que prévu.

Pourquoi ne pas avoir utilisé cette somme pour améliorer le service du transport en commun et du transport adapté?

Du reste, avec un budget de 15 millions $ la STS n’obtient pas le financement demandé, ce qui empêchera tout développement du service a prévenu son président Marc Denault.

Le gel de la taxe foncière a aussi un coût puisque Sherbrooke réduira de cinq à quatre millions $ le paiement comptant pour des immobilisations, ce qui signifie un emprunt additionnel d’un million $, en plus d’aller puiser 450 000 $ additionnels dans le surplus accumulé.

Il est vrai que la Ville aura des revenus plus élevés en 2018 en raison d’une contribution plus importante d’Hydro-Sherbrooke, de la hausse de valeur des propriétés et de la vente de terrains industriels.

En revanche, l’objectif du plan d’optimisation de 11 millions $ en trois ans est en voie d’être atteint : reste-t-il d’autres postes de dépenses que l’on peut réduire? Sans compter que la masse salariale continue d’augmenter.

Chose certaine, la Ville devra exercer un contrôle serré de ses dépenses, d’autant plus que le conseil municipal a autorisé un budget de 26 millions $ pour la revitalisation du centre-ville, dont Well inc. (que le maire Lussier voulait mettre sur la glace en campagne électorale), mais seulement si une entente est conclue avec des investisseurs.

Les élus comptent également sur le maire Lussier pour récupérer des sommes que le ministère des Affaires municipales devrait à la Ville et stimuler l’investissement privé.

On ne peut que lui souhaiter bonne chance, mais il est difficile de prédire si cela se traduira véritablement par de nouvelles entrées de fonds.

Des voix dissidentes se sont fait entendre, notamment les conseillers Vincent Boutin et Rémi Demers, qui ont voté contre le budget de fonctionnement et auraient préféré une hausse de la taxe foncière calquée sur l’Indice des prix à la consommation (1,1 pour cent en octobre).

On comprend que la majorité des contribuables sherbrookois ont subi une hausse globale de la taxe foncière de 17,1 pour cent entre 2011 et 2016, ce qui explique la volonté du maire Lussier de leur donner un répit.

Malheureusement, le coût de la vie augmente pour tout le monde, y compris pour la Ville de Sherbrooke, de sorte que les élus auraient dû avoir la sagesse et le courage de hausser la taxe foncière à la hauteur de l’IPC, car un gel en 2018 pourrait les obliger à effectuer  rattrapage dans les années à venir.