Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
«Bien que les professionnelles en soins aient les compétences pour sauver des vies, on fait fi de leur jugement clinique quant à la nécessité de porter un masque N95 lorsqu’elles sont en contact à moins de deux mètres avec des patients atteints de la COVID-19 ou suspectés de l’être», écrivent les deux représentantes de la FIQ.
«Bien que les professionnelles en soins aient les compétences pour sauver des vies, on fait fi de leur jugement clinique quant à la nécessité de porter un masque N95 lorsqu’elles sont en contact à moins de deux mètres avec des patients atteints de la COVID-19 ou suspectés de l’être», écrivent les deux représentantes de la FIQ.

Refuser la protection la plus élémentaire, c’est jouer avec le feu

Nancy Bédard
Nancy Bédard
Présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec–FIQ
Sonia Mancier
Présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec | Secteur privé
Article réservé aux abonnés
Le débat inutile en cours autour de l’accès aux masques N95, alors qu’on voit poindre de nouveaux variants de la COVID-19 encore plus contagieux et encore plus menaçants, nous inquiète. Des milliers de professionnelles en soins ont contracté le virus pendant la pandémie et certaines doivent encore composer avec des séquelles très graves. D’autres travailleuses et travailleurs de la santé en ont même payé de leur vie.

Depuis 11 mois, les professionnelles en soins mettent leur vie personnelle, leur vie familiale, leur santé et leur sécurité de côté pour protéger la population de toutes les régions du Québec. En plus de toute l’énergie déployée pour se sortir de cette pandémie, il y a l’épuisement lié à la surcharge, les conditions de travail inconcevables pour le commun des mortels et l’inquiétude de ne pas passer au travers de la pandémie. Mais il y a surtout l’inquiétude des professionnelles en soins de contracter le virus et de contaminer les patients les plus vulnérables et leur famille. 

Tous les jours, les professionnelles en soins exercent leur compétence et leur jugement clinique pour soigner et sauver des vies. Pourtant, des fonctionnaires de la santé publique, très loin de ce qui se passe dans les hôpitaux, les CHSLD et les autres unités de soins dans les zones chaudes jouent la ligne dure et maintiennent une ordonnance qui limite l’accès aux masques N95 uniquement aux procédures générant des aérosols. 

Bien que les professionnelles en soins aient les compétences pour sauver des vies, on fait fi de leur jugement clinique quant à la nécessité de porter un masque N95 lorsqu’elles sont en contact à moins de deux mètres avec des patients atteints de la COVID-19 ou suspectés de l’être. Ce sont pourtant elles les mieux placées pour évaluer les besoins. Voyez-vous l’incohérence? 

Encore se battre pour se protéger, un non-sens !

La démonstration a été faite par l’INSPQ que le virus de la COVID-19 se propage par les aérosols. La démonstration a aussi été faite que les réserves de masques sont suffisantes. On pourrait même s’approvisionner au Québec! Comme bien d’autres aberrations dans le système de santé, on tolère que les stocks de masques N95 périment avant de les distribuer. Il y a des éclosions dans beaucoup de milieux de soins et de milieux de vie et les variants s’amènent. Nous avons écrit au ministre de la Santé et des Services sociaux pour le presser de revoir sa décision à deux reprises. Nous l’avons également interpellé à chacune de nos rencontres. Rien, silence radio. Aucune sensibilité, aucun témoignage de confiance envers celles qui travaillent tous les jours avec la peur au ventre. Qu’attend-il au juste pour appliquer le principe de précaution le plus élémentaire? 

Les choses pourraient clairement mieux se passer. Contrairement au Québec, l’Agence de la santé publique du Canada et le Manitoba reconnaissent le jugement clinique des professionnelles en soins quant au choix de l’équipement de protection requis selon les circonstances. Au Manitoba, les masques N95 sont dorénavant accessibles. L’employeur et la santé publique appuient les professionnelles en soins dans leurs demandes. Pourquoi le Québec n’adopte-t-il pas lui aussi les meilleures pratiques? N’est-ce pas une forme de reconnaissance de la confiance envers leur jugement? On ne peut plus attendre. Les professionnelles en soins doivent être protégées efficacement et rapidement pour empêcher qu’elles ne tombent malades et pour prévenir toute rupture de services dans le réseau de la santé, et ce, au moment le plus critique de la pandémie.

Même si l’INSPQ a recommandé que l’accès à un masque N95 puisse être envisagé dans des circonstances très restreintes, lors d’éclosions non contrôlées, aucune consultation des professionnelles en soins directement concernées n’est envisagée dans le processus. De plus, la mécanique pour l’obtenir promet d’être tellement complexe qu’il faudra encore une fois se battre pour en bénéficier. C’est inacceptable! 

Nos membres en ont tout simplement ras le bol! On continue, au ministère de la Santé et des Services sociaux, de refuser impunément de les protéger lorsqu’elles le demandent. Ce ne sont pas des caprices. Ce sont des femmes et des hommes qui veulent qu’on reconnaisse leur expertise, leurs connaissances, qu’on leur fasse confiance et qu’on leur permette de se protéger pour qu’elles puissent continuer de faire leur travail : donner des soins. 

On compare souvent le combat contre la COVID-19 à un marathon. Le premier ministre, le ministre de la Santé et des Services sociaux, le directeur national de santé publique et tous les conseillers scientifiques ont la responsabilité de leur donner les conditions gagnantes pour que les professionnelles en soins franchissent le fil d’arrivée. En l’absence de gros bon sens, on n’y arrivera tout simplement pas. Le prix à payer sera celui du sacrifice des professionnelles en soins et de la population.


Nous signons solidairement :

Kathleen Bertrand, présidente, FIQ - SPS du Nord-de-l’Île-de-Montréal; Stavros Birbatakos, président, FIQ - SPS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal; Jean-Sébastien Blais, président par intérim, FIQ - SISS de l’Abitibi-Témiscamingue; Julie Bouchard, présidente, FIQ - SPS du Saguenay - Lac-Saint-Jean; Sébastien Bouchard, président, SIIQ - Syndicat interprofessionnel de la santé de l’IUCPQ; René Yves Cantin, président, SNII Baie James; Élise Champoux, présidente par intérim, SPIC de l’Institut de Cardiologie de Montréal; Denis Cloutier, président par intérim, FIQ - SPS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal; Stéphane Cormier, président, FIQ - SI de Lanaudière; Julie Daignault, présidente, FIQ - SPS des Laurentides; Cyril Gabreau, président, SNII Baie d’Hudson; Mélanie Gignac, présidente, FIQ - SPS de Montérégie-Ouest; Denis Grondin, président, FIQ - SPS de Montérégie-Centre; Patrick Guay, président, FIQ - SPS de l’Outaouais; Nancy Hogan, présidente, SICHU de Québec; Véronique Houde, présidente, SII Baie d’Ungava; Jonathan Lafranchise-Sauvé, président par intérim, SPPSS du CHUM; Patricia Lajoie, présidente, FIQ - SPS de la Capitale-Nationale; Annik Léonard Fournier, présidente, SIIA du Centre Champlain de Gatineau; Laurier Ouellet, président, FIQ - SPS de Chaudière-Appalaches; Nathalie Perron, présidente, FIQ - SPS de la Mauricie et du Centre-du-Québec; Brigitte Petrie, présidente, FIQ - SPS de Montérégie-Est; Louise Quirion, présidente, Syndicat des Professionnelles en soins de Québec; Françoise Ramel, présidente par intérim, FIQ - SPSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal; Johanne Riendeau, présidente, FIQ - SPSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal; Isabelle Roy, présidente, Syndicat régional des professionnelles en soins du Québec; Sophie Séguin, présidente, FIQ - SPS des Cantons-de-l’Est; Cindie Soucy, présidente, FIQ - SPSICR du Bas-Saint-Laurent; Louise St-Germain, secrétaire-trésorière, SPSIC du CUSM; Martine Tremblay, présidente, L’Alliance Interprofessionnelle de Montréal.