Le chef du parti Parti libéral et premier ministre sortant du Nouveau-Brunswick Brian Gallant et sa femme Karine Lavoie

Réformer la loterie électorale?

ÉDITORIAL / Le premier ministre Philippe Couillard a raison de dire que l’unanimité est souhaitable lorsqu’il s’agit de réformer le système électoral, mais il pousse la note un peu fort lorsqu’il en fait une condition. Si lui-même avait voulu aller de l’avant, avec la bénédiction du PQ et de la CAQ, on l’imagine mal accordant un tel droit de veto à Québec Solidaire.

Il serait tout à fait légitime pour un éventuel gouvernement de procéder avec l’accord de trois partis sur quatre

Il a aussi raison de dire que ce dossier n’est pas au sommet des préoccupations pour les électeurs. Mais ça ne veut pas dire qu’il ne mérite pas notre attention, au moment où la participation aux élections s’affaiblit. 

Les élections au Nouveau-Brunswick donnent peut-être un avant-goût de ce qui attend les Québécois, avec des écarts minuscules entre la CAQ et le PLQ, selon les sondages. 

Aucun système électoral n’est exempt de distorsions, mais il faut vraiment se mettre la tête dans le sable pour ignorer celles qui affligent le système parlementaire britannique, dont nous avons hérité. 

À Fredericton, le Parti conservateur, qui a obtenu un siège de plus que les libéraux, a récolté 6 % moins de votes que le gouvernement libéral sortant. Mais les libéraux pourront néanmoins continuer à gouverner s’ils obtiennent la confiance de la Chambre, ayant obtenu hier la bénédiction de la lieutenante-gouverneure qui, de toute façon, n’avait pas vraiment d’autre choix que d’obtempérer. 

Ce n’est pas la première fois que le Nouveau-Brunswick nous confronte aux limites du système actuel. En 1987, les libéraux raflaient 100 % des sièges avec 60 % du vote. Le vote de 40 % des électeurs aurait donné le même résultat s’ils avaient tous voté pour une vache. 

Le résultat obtenu cette année dans la province voisine tient autant de la loterie que de l’élection. La répartition géographique et démographique des votes, selon les circonscriptions, produit un résultat aléatoire qui tient du coup de dés. La seule façon de se satisfaire d’un tel système est de se boucher les yeux pour ne pas en voir les aberrations. 

L’objectif d’une réforme est de réduire l’ampleur de ces aberrations. Un système proportionnel ne serait pas sans défauts, mais il a la grande qualité de donner un sens à chaque vote. Cela crée ses propres problèmes lorsque le vote appuie un mouvement marginal, extrémiste ou identitaire, mais il est possible de fixer des seuils qui serviraient de garde-fous. 

L’histoire récente nous a montré que, contrairement aux craintes véhiculées, les gouvernements minoritaires sont loin d’être une calamité. Ce ne sont pas les électeurs qui s’en plaignaient, mais les partis politiques qui répugnent tous à partager le pouvoir. 

Il semble de plus en plus évident que le bipartisme a fait son temps ici. Les failles du système uninominal à un tour sont peut-être tolérables lorsque deux partis seulement se disputent le pouvoir. Elles deviennent plus irritantes quand les électeurs se reconnaissent de moins en moins dans les vieux partis et cherchent de nouvelles plateformes pour les représenter. 

Si la tendance se maintient, comme le veut l’expression consacrée, il y a de fortes chances que d’ici la prochaine élection... rien n’aura changé, malgré les serments des partis d’opposition, puisque jusqu’ici toutes les promesses en ce sens ont avorté. Et c’est dommage.