Pascal Bérubé, Chef parlementaire du PQ et porte-parole en matière de langue française
Pascal Bérubé, Chef parlementaire du PQ et porte-parole en matière de langue française

Réforme de la loi 101: une nécessité pour la vitalité du français au Québec

Pascal Bérubé
Pascal Bérubé
Chef parlementaire du PQ et porte-parole en matière de langue française
POINT DE VUE / Au Parti Québécois, nous avons un objectif, un idéal pour le Québec : nous voulons qu’il devienne un pays francophone en Amérique du Nord.

«Francophone», ici, est le mot clé. Car le fait français, au Québec, représente à la fois le socle commun de notre identité et ce qui nous distingue de nos voisins et amis avec qui nous partageons ce continent. Et sans ce fait français, l’idée même de l’indépendance perdrait de son essence, voire de sa pertinence.

Ce préambule m’amène à aborder la volonté nouvellement affichée du ministre Jolin-Barrette de peut-être réformer, renforcer la Charte de la langue française, mieux connue sous son appellation familière, la «loi 101».

Certes, après 43 ans d’existence, la loi qui protège et promeut l’usage du français au Québec a grand besoin d’être recontextualisée, adaptée à la réalité de 2020, ajustée à l’avenir qui se dessine. Or, si cet exercice est nécessaire, il ne faudrait surtout pas s’y limiter.

Nous voulons de l’initiative. De la force. Du courage. Car nous avons deux certitudes : 1) le français perd de son lustre au Québec, et 2) nous n’avons pas à hésiter à nous affirmer en tant que peuple francophone.

Dans sa lettre ouverte parue le 26 août dernier, le ministre se pose audacieusement en fier héritier du gouvernement — péquiste, faut-il le préciser — de René Lévesque, qui a su faire adopter la loi 101 en 1977 contre vents et marées. Il rappelle – avec justesse – que les Québécois ont le droit d’être éduqués, servis et de travailler en français. Il se dit préoccupé — à juste titre — par les récentes données montrant le recul du français au Québec, notamment à Montréal. Mais pas un mot sur ce qu’il compte faire précisément, se limitant à mentionner qu’il «agira», qu’il sera «à la hauteur». Qui cherche-t-il à convaincre, et de quoi exactement?

Il y a quelque temps, le Parti Québécois a identifié, lui, ce que doit minimalement contenir tout projet de réforme de la loi 101, s’il veut réellement répondre aux enjeux auxquels la société québécoise fait face :

  • Un resserrement de l’article 46 de la loi 101 sur l’exigence excessive de l’anglais au travail.
  • Une application étendue de la loi 101 aux entreprises de 25 à 49 employés, ainsi qu’à celles à charte fédérale.
  • La mise en vigueur de l’article 1 de la loi 104, qui veut que l’État communique uniquement en français avec les personnes morales.
  • Un resserrement des politiques linguistiques dans l’Administration publique.
  • La création d’un poste de commissaire à la langue française, une entité indépendante du politique et dont la mission sera de veiller à l’application et au respect de la loi 101.

À cela, ajoutons trois mesures pouvant avoir de réels effets positifs sur le paysage linguistique du Québec :

  • Une révision et une bonification du règlement en matière d’affichage commercial, pour assurer la présence prédominante du français.
  • Une obligation pour tous les nouveaux arrivants (à l’exception des réfugiés) de connaître le français avant d’arriver au Québec, modulée en fonction de l’emploi convoité ou obtenu.
  • Une augmentation du financement accordé aux cégeps francophones, accompagnée d’une diminution de celui octroyé aux cégeps anglophones.

Ces actions, élémentaires, précises et essentielles, nous les réclamons depuis des années déjà. En juin 2017, nous déposions, d’ailleurs, un projet de loi visant à préciser les circonstances permettant à un employeur d’exiger la connaissance d’une langue autre que le français. De façon prévisible, le gouvernement Couillard avait alors affiché une totale indifférence. Aux dires de M. Jolin-Barrette, la CAQ serait plus sensible à l’enjeu.

Je souhaite sincèrement que le ministre Jolin-Barrette réussisse à convaincre ses collègues formant ce gouvernement de coalition, où se trouvent notamment de nombreux libéraux notoires. Rappelons qu’en 2012, ces deux partis — la CAQ et le PLQ — avaient énergiquement (et avec succès, malheureusement) fait obstacle au projet de loi no 14 du gouvernement Marois, qui visait justement à donner plus de mordant à la loi 101; selon la CAQ, nous allions trop loin!

Au Parti Québécois, personne n’est à convaincre; renforcer la loi 101 est une priorité. J’oserais même dire une «priorité urgente», pour nous comme pour tous les véritables nationalistes. Parce que, comme en matière de laïcité, au Québec, «c’est comme ça qu’on vit» : en français.