Recommandations inquiétantes

ÉDITORIAL / Pour une controverse, c'en est toute une: est-on en train d'arrimer l'apprentissage des élèves aux contenus des examens afin de s'assurer qu'ils obtiennent les meilleures notes possible et permettre ainsi aux commissions scolaires d'afficher de bons taux de réussite?
a question se pose à la suite du dévoilement par le quotidien Le Soleil de la « Grille de progression des caractéristiques des écoles efficaces».
Il s'agit d'un outil pour les directions d'écoles produit par certaines commissions scolaires, dont celle des Sommets, en Estrie, qui laisse à penser que les enseignants doivent privilégier les contenus du programme qui seront à l'examen.
Les propositions en ce qui a trait au «leadership pédagogique» ont de quoi surprendre, du moins à première vue:
On peut y lire que l'enseignant doit «cibler les apprentissages essentiels» dans chaque matière et «planifier à rebours», soit en quelque sorte subordonner le contenu des cours à l'évaluation à venir de l'élève.
En outre, l'enseignant doit voir à ce que «chaque élève sait exactement ce qu'il doit faire pour améliorer son rendement».
Il s'agit certes là d'un objectif louable, mais est-ce une façon de viser de bonnes notes sans que l'élève maîtrise nécessairement toute la matière et se limite à apprendre par coeur les éléments nécessaires à réussir son examen?
En est-on rendu à ne viser que les résultats avec des méthodes que l'on dirait inspirées des écoles de gestion pour «produire» des diplômés «formatés» pour le marché du travail?
Hier, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a eu la sagesse de rejeter ces recommandations et fait part de son intention de revoir la politique d'évaluation pour que cela se ne reproduise pas.
Le Syndicat de l'enseignement de l'Estrie évoque pour sa part une atteinte à la Loi de l'instruction publique.
La directrice générale de la Commission scolaire des Sommets, Édith Pelletier, affirme toutefois qu'on ne demande pas aux enseignants de planifier leurs cours en fonction des questions d'examens, mais que l'on veut plutôt s'assurer que le programme de formation de l'élève est dispensé dans son entièreté et est ajusté à ses besoins.
Tant mieux, mais ce n'est pas l'orientation que l'on perçoit à la lecture du document obtenu par La Tribune
C'est évidemment le rôle des enseignants de préparer leurs élèves aux examens et de leur fournir les outils pour réussir.
Mais l'enseignement doit également viser le développement de méthodes de travail, l'acquisition de connaissances générales, la curiosité, le comportement, voire favoriser le sens critique.
Qu'il s'agisse ou non d'une consigne, il est inquiétant et déprimant de penser que l'enseignement puisse se limiter à l'obtention de bonnes notes au détriment d'un apprentissage plus complet.
Avec un taux de décrochage de 15 pour cent au Québec chez les élèves du secondaire, les écoles subissent beaucoup de pression pour assurer la réussite des élèves.
Et la pression, on l'imagine, est aussi forte chez les enseignants.
Au cours des dernières années, le monde de l'enseignement primaire et secondaire a dû composer avec plusieurs réformes scolaires et d'importantes coupes budgétaires, ce qui a nui particulièrement aux élèves en difficulté d'apprentissage, qui deviennent des candidats au décrochage.
Le ministre Sébastien Proulx répète que l'éducation est une priorité et que la réussite éducative a été au coeur des rencontres qu'il a organisées un peu partout au Québec dans le cadre d'une consultation qui doit mener à une première politique pour la réussite des élèves.
Mais pour mener à bien une priorité et éviter un nivellement par le bas, il faut y mettre les moyens, ce qui signifie plus d'argent et de ressources.