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Qu’ossa donne?

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OPINION / Ces derniers temps, des données statistiques convaincantes ont mis en évidence la situation de crise du français à Montréal et dans sa couronne. Même le gouvernement fédéral prend acte de cette réalité.

En admettant qu’elle soit toujours possible, l’inversion du processus qui s’est amorcé dès les premiers jugements de la cour suprême visant à déconstruire loi 101 demande des actions courageuses qu’il est douteux que ce gouvernement soit prêt à poser. Il ne faudrait pas que notre génération soit comparée à cet individu qui, chutant du 25e étage se dit, rendu au 10e étage: « Jusqu’à maintenant tout va bien. »

Depuis au moins 25 ans, les gouvernements québécois successifs, désireux de démontrer leur tolérance, ont bilinguisé le Québec. Ainsi, la plus importante université québécoise est l’Université McGill; à Toronto, l’Université de l’Ontario français a quatre programmes en développement et zéro étudiants! L’Université de Hearst en a 300! La deuxième université anglophone montréalaise, Concordia, est en voie de dépasser en importance l’UQAM. Le plus gros cégep québécois est le collège Dawson.

Une ville comme Montréal devrait avoir un super hôpital. Pour ne pas faire de peine au Canada anglais, on en a plutôt créé deux, un anglophone et un francophone, un gaspillage de plus d’un milliard de dollars. L’exemple venant de haut, on peut contempler les points de presse du premier ministre qui se terminent tous par une version anglaise… alors qu’on se doute que les reporters anglophones présents comprennent parfaitement le français. Qu’on est donc fins! Et le Canada anglais qui se complaît dans le «Québec bashing»!

Au vu des prévisions démographiques, il faut minimalement rétablir et renforcer l’intégralité des dispositions de la loi 101 et interdire aux francophones et allophones l’accès au cégep anglais. Certains disent que la charte des droits et libertés fédérale a été élaborée précisément pour saboter la loi 101; au vu des dernières révélations sur la fourberie de Trudeau père, on est en droit de se questionner.

Parlant de la charte fédérale, est-ce que nous ne pouvons pas nous sortir de ce carcan qu’est la constitution de 1982 que nous n’avons d’ailleurs pas signée? Si cela n’est pas possible, il reste à François Legault l’option de retrouver sa conviction passée, la souveraineté. Bien sûr que le «premier ministre économique» que nous nous sommes donnés a une tendance naturelle à ne voir que les chiffres de la péréquation.

Pourtant, au moment de quitter le Parti québécois, François Legault disait que la langue française doit être le pilier de l’identité québécoise. Également, il disait: «La fatigue, le cynisme et le fatalisme ne peuvent servir d’excuse pour accepter l’immobilisme et le déclin tranquille du Québec». On peut souhaiter, sans toutefois se faire d’illusions que ses gestes seront à la hauteur de ces belles paroles.

Récemment je réécoutais sur YouTube le fameux monologue d’Yvon Deschamps, Les unions qu’ossa donne? Pour les plus jeunes, un rappel: le personnage de ce texte est un travailleur à petit salaire naïf et docile qui accueille avec une gratitude béate toutes les humiliations que son patron paternaliste lui inflige. À la fin, le malheureux s’écrie: «Hey Boss! Les unions, qu’ossa donne?»

Probablement que le premier ministre du Québec pourrait interpeller le Canada anglais de manière analogue: «Hey Boss! Le français au Québec, qu’ossa donne?»

René Hould

Trois-Rivières