Guy Ouellette

Quoi comprendre ?

ÉDITORIAL / Après les résultats décevants de la Commission Charbonneau sur la corruption dans l’octroi de contrats publics et le financement politique, en 2015, l’arrestation par l’UPAC du député libéral et ex-policier Guy Ouellette, mercredi, plonge les Québécois encore un peu plus dans la perplexité au sujet des liens entre la classe politique et la police.

Le député de Chomedey, un ex-policier de la Sûreté du Québec qui avait fait sa marque dans la lutte aux motards criminalisés, a été arrêté chez lui à Québec puis relâché après un interrogatoire sans qu’aucune accusation ait encore été portée contre lui.

Depuis, des rumeurs veulent que la mise en état d’arrestation de M. Ouellette soit reliée à des fuites d’informations confidentielles dans les médias, au sein même de l’UPAC, dans le cadre de l’enquête « Mâchurer ».

Lancée en 2013, cette enquête porte sur des allégations de financement politique illégal au Parti libéral du Québec (PLQ) et viserait notamment l’ancien premier ministre Jean Charest et le collecteur de fonds Marc Bibeau.

Les domiciles d’un autre policier et d’un ex-policier ont aussi été perquisitionnés, possiblement en lien avec ces fuites.

Au printemps dernier, le bureau d’enquête de Québecor avait affirmé que MM. Charest et Bibeau avaient été dans la mire des enquêteurs de l’UPAC, ce qui avait incité le commissaire Robert Lafrenière à déclencher une enquête interne, estimant que ces fuites pouvaient entraver le travail des enquêteurs.

La nouvelle de l’arrestation de M. Ouellette a évidemment ébranlé l’Assemblée nationale et soulevé beaucoup d’interrogations de la part des partis d’opposition puisqu’il est très rare qu’un député en fonction se fasse arrêter.

M. Ouellette, député de Chomedey depuis 2007, s’est retiré du caucus libéral, le temps que la Direction des poursuites criminelles et pénales décide si des accusations seront portées contre lui.

Jeudi, le corps policier s’est limité à dire, dans un bref communiqué, que cette arrestation était nécessaire pour « sécuriser des éléments de preuve » et empêcher que d’autres infractions se produisent.

Pour toute réaction, le premier ministre Philippe Couillard a déclaré que tous étaient sous le choc, même l’opposition, mais que cette triste affaire ne ferait pas dévier le gouvernement de son « plan ». Bref, on mène les affaires comme à l’habitude!
Pour les Québécois, toutefois, cette histoire laisse l’impression d’un obscur jeu de pouvoir entre politiciens, policiers et enquêteurs.

Plusieurs questions demeurent sans réponses depuis la Commission Charbonneau, notamment le fait que l’ancien premier ministre Charest et M. Bibeau n’y ont jamais été convoqués.

En mai dernier, le commissaire Robert Lafrenière avait révélé que les avocats de Marc Bibeau avaient ralenti l’enquête « Mâchurer » avec des requêtes judiciaires, ce qui avait empêché l’utilisation d’informations obtenues lors d’une perquisition effectuée au début de l’enquête.  

L’enquête « Mâchurer » se poursuit certes, mais les choses s’étirent en longueur et l’arrestation du député Ouellette ne vient qu’ajouter à la confusion.

S’agit-il d’une forme de règlement de compte entre policiers?

Quelqu’un a-t-il voulu divulguer des informations pour faire pression et accélérer les choses?

Et pourquoi le député Ouellette, un ex-policier à la réputation intègre, se serait-il placé dans une telle situation?

Des politiciens et des analystes se sont souvent interrogés sur l’indépendance de l’UPAC, créée sous le gouvernement de Jean Charest pour enquêter sur le... PLQ et dont le grand patron a vu son mandat renouvelé par le premier ministre Philippe Couillard. A-t-elle la marge de manœuvre pour mener à bien son mandat?

Une enquête policière est secrète par définition et toute fuite peut être très dommageable pour le travail des policiers.

L’arrestation de Guy Ouellette constitue certes un coup d’éclat, mais elle ne doit pas faire oublier le but premier de l’enquête « Mâchurer » : faire la lumière sur le financement du PLQ et procéder à des arrestations s’il y a lieu.