Mike Ward
Mike Ward

Qu’est-ce qu’on applaudissait à la fin du gala Les Olivier?

Mike Ward vient de recevoir le prix de l’Olivier de l’année. Il utilise le micro comme une plateforme publique pour justifier sa position dans l’affaire Jérémie. Est-ce que le gala Les Olivier est l’espace normal pour justifier sa position dans un procès en Cour suprême alors que la contrepartie n’a pas de micro comme lui devant des millions de téléspectateurs?

Il demande qui fait de l’acharnement? Il proclame haut et fort que son combat n’a rien à voir avec sa joke sur Jérémie et que son combat c’est pour la liberté d’expression. Je suis un humoriste, les humoristes sont des artistes, les artistes ont le droit de dire tout. Tout se justifie par le contexte et l’intention, selon lui.  

Le contexte : je donne mes spectacles devant des auditoires de 16 ans et plus, et cela sous-entend que j’ai le droit de dire n’importe quoi. Les artistes doivent avoir la liberté d’expression totale! 

Mais le contexte, c’est aussi que la joke est faite sur le dos d’un adolescent avec une infirmité. Et la joke va jusqu’à dire qu’on devrait le tuer tellement « y’é let »!

Oui, un ado! Un ado handicapé physiquement! Tous les ados ont des questions et des problèmes avec leur image corporelle. Le contexte, c’est aussi les centaines d’articles dans les médias. Le contexte, c’est aussi la violence dans les médias sociaux, particulièrement chez les jeunes. Des jeunes se suicident à cause de cette violence. Jérémie a affirmé avoir eu des pensées suicidaires. 

Le vrai contexte, c’est plus qu’une salle de personnes de 16 ans et plus. Le contexte, c’est aussi le fait de répéter la même joke (très discutable, puisqu’il y a eu des centaines d’articles) pendant trois ans, devant des milliers de personnes.  

Tout cela fait partie du contexte. 

Et Mike Ward s’étonne qu’on parle d’acharnement. « ... tout se justifie par le contexte et l’intention... »  

Selon lui, l’intention n’était pas de blesser, mais de faire rire et de repousser les limites de ce qui est tabou. La liberté d’expression totale et sans discernement parce qu’on est un artiste...

Si on est vraiment convaincu qu’un artiste a le droit de tout dire et si on suit la logique de Mike Ward, alors il serait tout à fait correct de faire dans un spectacle d’humour, un bon numéro comique, avec plein de jokes supposément drôles... sur la tuerie de Polytechnique à l’occasion du 30e anniversaire. 

Est-ce vraiment concevable? Est-ce que les Québécoises et les Québécois se lèveraient pour applaudir ce type d’humour, pour applaudir cette belle liberté d’expression, pour applaudir de faire reculer ainsi les limites de ce qui est tabou? 

Si une telle chose ne semble pas acceptable, c’est donc que la liberté d’expression sans restriction ne l’est pas non plus. 

Après le plaidoyer de Mike Ward, la salle était debout et applaudissait. 

Qu’est-ce qu’on applaudissait? La qualité de son humour? Sa contribution exceptionnelle à l’enracinement des valeurs d’humanisme et de compassion dans notre société comme l’a fait Yvon Deschamps? Sa défense du droit sans limites de faire rire à tout prix? Sa défense du droit sans limites de dire n’importe quoi, peu importe le sujet et les conséquences, parce qu’on est un humoriste, parce qu’on est un artiste?  

Qu’est-ce qu’on applaudissait tant?

J’étais mal à l’aise!


Pierre Matton

Sherbrooke