Québec doit reculer

ÉDITORIAL / Le gouvernement Couillard doit renoncer à son projet de porter de 65 à 70 ans d'ici 2020 l'âge d'admissibilité au «crédit d'impôt en raison de l'âge» qui ferait perdre jusqu'à 497 $ par année aux personnes à revenu faible et moyen, une mesure injuste et antisociale.
Québec fait valoir qu'il bonifiera en contrepartie le crédit d'impôt pour inciter les travailleurs âgés à demeurer plus longtemps sur le marché du travail, mais cela ne change rien au fait que les personnes qui font le choix de prendre leur retraite ou qui ne sont plus aptes à travailler verront leur revenu annuel diminuer.
D'ici cinq ans, cela se traduira par une perte collective de 300 millions $ pour les quelque 500 000 personnes nées à partir de 1951, calcule l'Association québécoise de défense des personnes retraitées et préretraitées.
Vouloir encourager les personnes à demeurer plus longtemps sur le marché du travail est une politique qui se défend, surtout en période de pénurie de main-d'oeuvre, mais cela ne doit pas se faire au détriment d'aînés en situation de vulnérabilité.
Devant le tollé soulevé par cette mesure tant chez les partis d'opposition que chez les organismes de défense des aînés, le premier ministre Philippe Couillard a déclaré hier que « cette mesure-là, elle peut-être corrigée » et qu'il pourrait y avoir des ajustements lors du budget.
Or cette mesure doit être carrément abandonnée.
Le ministre des Finances, Carlos Leitao, affirme que la situation des aînés s'est améliorée depuis « une ou deux générations ».
C'est vrai, mais en partie seulement, du moins si on se fie aux données de l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) qui, en 2013, soulignait que le taux de pauvreté des aînés au Canada avait augmenté entre 2007 et 2010 alors qu'il était en baisse dans de nombreux pays de l'OCDE.
Parallèlement, l'Institut Broadbent notait dans un rapport publié en février 2016 (La condition économique des personnes âgées) que le taux de pauvreté chez les aînés est passé de 3,9 pour cent en 1995 à 11,1 pour cent en 2013, en utilisant la mesure de faible revenu.
Le gouvernement est-il en train de retirer un crédit d'impôt qui aide les aînés à faible revenu pour les obliger à retourner travailler?
Il faut rappeler également qu'en juin dernier, le gouvernement fédéral et les provinces se sont entendus pour bonifier le Régime de pensions du Canada, une mesure que le ministre Leitao a refusé d'entériner prétextant vouloir tenir compte de la capacité de payer des travailleurs à plus faible revenu et des entreprises.
Est-ce à dire que les travailleurs québécois à faible revenu seront condamnés à la pauvreté lorsqu'ils seront à la retraite puisque le régime de retraite public québécois risque d'être moins généreux que celui des autres Canadiens?
Autre iniquité : le journaliste Michel Girard, du Journal de Montréal, soulignait hier que pendant que Québec veut décaler à 70 ans l'âge d'admissibilité au crédit d'impôt de 497 $ aux personnes avec un revenu familial de 33 000 $ ou moins, il fait un cadeau fiscal de 800 $ aux particuliers qui gagnent 135 060 $ et plus par année avec l'abolition de la taxe santé; les autres contribuables qui gagnent de 41 560 $ à 135 060 $ récupéreront 70 $.
Alors que le gouvernement du Québec continue de dégager des surplus: 2,2 milliards $ pour l'année financière 2015-2016 et 1,95 milliard $ pour les huit premiers mois de l'année 2016-2017, il est inadmissible qu'il s'en prenne à des personnes âgées qui vivent en situation de vulnérabilité après une vie de travail.