Québec doit bouger

ÉDITORIAL / Des ballots de matières secondaires qui s’accumulent dans les entrepôts, des centres de tri qui fonctionnent à perte et des matières recyclées de si mauvaise qualité que les entreprises de transformation d’ici n’en veulent pas.

La crise que traverse l’industrie québécoise du recyclage depuis le début de l’année, à la suite de la décision de la Chine de fermer ses frontières aux importations de matières recyclables québécoises, notamment le papier, entraîne la nécessité d’une révision complète du système de collecte sélective afin d’améliorer la qualité des matières et de les revaloriser ici.

La ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, a semblé bien mesurer l’ampleur du problème à la suite de sa rencontre de mercredi avec les principaux acteurs de l’industrie. Elle suggère de développer une économie circulaire pour recycler, revaloriser et créer des emplois ici.

L’idée est excellente, encore faut-il un plan et des moyens!

Dans l’immédiat, la plupart des 27 centres de tri québécois sont dans le rouge; celui de Sherbrooke perdrait jusqu’à 100 000 $ par mois. On aurait donc bien aimé entendre la ministre Melançon annoncer un fonds d’urgence pour leur venir en aide, ce qu’elle n’a pas fait.

Mais au-delà d’une aide ponctuelle pour traverser la crise, il faut revoir les façons de faire.

Il est inadmissible que les villes québécoises reçoivent 150 millions $ par année pour la collecte sélective et le tri et que l’on se retrouve dans une situation pareille.

Depuis l’instauration de la collecte sélective dans les municipalités, il y a plus de 20 ans, l’industrie s’est en très grande partie appuyée sur l’exportation de ses matières recyclables dans des pays étrangers, principalement en Asie, au lieu de produire de la qualité et de développer un marché local pour la transformation et la valorisation.

Résultat : pendant des années on a voulu donner bonne conscience aux Québécois en envoyant leurs matières de mauvaise qualité dans des pays comme la Chine et le Vietnam qui, aujourd’hui, ne veulent plus être la poubelle de l’Occident.

Maintenant que les frontières de ces pays se ferment, les matières recyclées s’accumulent dans les entrepôts tandis que les entreprises comme Kruger et Cascades importent des matières des États-Unis et de l’Ontario!

Tout cela risque d’avoir un effet démobilisateur chez les citoyens qui peuvent légitimement se demander si cela vaut encore la peine de recycler.

Du reste, le tonnage des matières recyclables acheminées aux centres de tri a diminué de 9 pour cent entre 2012 et 2015, selon Recyc-Québec.

La ministre Melançon a soutenu sur les ondes de Radio-Canada que malgré la crise, 80 pour cent des matières sont encore recyclées, même si elles sont vendues à perte, et que rien n’est allé à l’enfouissement ou à l’incinération.

On ne demande qu’à la croire.

Mais la situation ne peut plus durer. Il faut revoir impérativement l’ensemble du système pour améliorer la qualité des matières et développer un marché local pour la transformation et la revalorisation.

Le problème de la mauvaise qualité des matières recyclées au Québec est connu depuis des années, notamment la « contamination » par le verre qui se brise lors de la collecte mixte.

Les centres de tri ont beau investir pour moderniser leurs équipements et leurs méthodes, il faut des solutions innovantes.

Élargir la consigne et retirer les contenants de verre des centres de tri, réduire le suremballage et imposer un contenu recyclé minimal dans les emballages, créer une agence de commercialisation des matières recyclables, comme le suggère le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, et mieux informer les citoyens sur ce qui va et ne va pas dans les bacs.

Les idées ne manquent pas, mais Québec aura-t-il le courage d’agir de façon décisive?