Le projet de loi du ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette n’est pas adopté et il ne le sera pas avant plusieurs semaines.

Quand on bouscule

CHRONIQUE / Quand un gouvernement bouscule, il est probable qu’il se fasse bousculer.

Le recours intenté par l’Association québécoise des avocats et des avocates en droit de l’immigration contre Québec n’est pas surprenant. Le regroupement veut forcer le ministère de l’Immigration à traiter quelque 18 000 dossiers que le gouvernement Legault a décidé de passer à la trappe.

Pas surprenant... Même dans cette rubrique, on s’étonnait la semaine dernière que ces dossiers ne soient déjà plus traités, alors que le projet de loi du ministre Simon Jolin-Barrette n’est pas adopté et qu’il ne le sera pas avant plusieurs semaines.

Est-ce que ce recours est la meilleure voie pour les candidats concernés? Pas nécessairement, cela dit. Car, à moins que le gouvernement renonce à son plan, la loi sera à un moment ou l’autre adoptée et tous les dossiers n’auront pas été traités — si un juge donne raison à ce regroupement d’avocats.

N’empêche que cette affaire est un caillou dans la chaussure du gouvernement. Si la Cour supérieure du Québec le somme de traiter les dossiers jusqu’à l’adoption de la loi, c’est une gifle qui lui sera administrée.

Étonnement

Des caquistes s’étonnent de voir autant de levées de boucliers contre des projets qu’ils présentent. Mais qu’ils se rassurent : aucun des partis d’opposition ne rivalisera avant longtemps avec le niveau de soutien dont ils jouissent.

Les appuis dont ils bénéficient dans la population ne fondront pas comme neige au soleil. Même les libéraux avec qui ils sont à couteaux tirés l’admettent. Les caquistes jouissent aussi de la légitimité conférée par les urnes.

Mais insistons sur l’aspect suivant : tout gouvernement doit apprendre à arrondir les angles. Ou alors, apprendre à composer avec de fortes oppositions. C’est l’un ou l’autre.

Vite!

Le gouvernement Legault s’expose aux coups entre autres parce qu’il gouverne vite. Répétons que c’est parce qu’il a annoncé que moins d’immigrants s’établiront au Québec cette année qu’il veut que ceux-ci répondent en plus grande proportion aux besoins du marché du travail. D’où sa volonté de s’appuyer rapidement sur le nouveau système visant à mieux arrimer des candidats à des emplois.

Jusqu’à présent, il a présenté 10 projets de loi, dont quelques-uns sont controversés. Celui, assez consensuel, sur l’étendue de la gratuité scolaire déposé jeudi est le 10e, même s’il porte le numéro 12. Trois autres projets législatifs seront déposés au Salon bleu en début de semaine prochaine. C’est pas mal en si peu de temps.

Concertation

Ce n’est pas l’annonce précipitée de nouvelles places en garderies subventionnées qui calmera les inquiétudes de ceux craignant des effets pervers de la généralisation des maternelles 4 ans.

Le gouvernement n’a pas à mettre de côté ses objectifs pour autant. Il a par contre le devoir d’éviter de bousculer, et donc celui de s’appuyer sur les écoles et les centres de la petite enfance pour les concrétiser le plus harmonieusement possible.

Pour ce faire, la commission parlementaire qui se déroulera sur ces maternelles devra être une opération sincère de grande écoute — à l’inverse de celle sur le cannabis. Pour le ministre Jean-François Roberge, la concertation devra être un mot clé.