Quand les exigences du bien commun ne sont plus sauves

Dans son récent ouvrage, Sébastien Proulx, ministre de l’Éducation dans le gouvernement Couillard, affirme sans réserve son soutien au financement de l’école privée au Québec. Il se drape de la liberté des parents de choisir l’école qui convient le mieux à leurs enfants. Mais sans doute oublie-t-il que cette liberté de choisir n’existe pas pour tous les citoyens du Québec. Elle n’existe pas pour la très grande majorité des élèves qui ont un trouble d’apprentissage, qui ont des problèmes de comportement ou dont les parents n’ont pas les moyens financiers. Ce choix demeure extrêmement théorique aussi pour les parents qui habitent des territoires où il n’y a pas d’écoles privées subventionnées.

L’actualité récente a fait grand écho aux difficultés d’exercice de la profession enseignante au Québec, notamment dans les milieux urbains. Dans ces milieux, par exemple Montréal, plus de 30 % des élèves abandonnent l’école publique pour se tourner vers le privé. Pour ralentir cet exode, on a créé dans le secteur public des programmes particuliers qui sont venus retirer davantage d’élèves des classes ordinaires. Les effets combinés de ces ponctions ont eu comme conséquence de concentrer le nombre d’élèves en difficulté de toutes sortes dans les écoles et les classes qu’on qualifiait autrefois de régulières.

Cette concentration sans précédent pèse très lourd sur les conditions de travail des enseignants, sur le climat des écoles, sur les perceptions qu’a la population de ses écoles publiques. Elle appelle l’ajout récurent de ressources professionnelles qui ne sont jamais suffisantes, de faire des choix budgétaires difficiles, comme laisser se dégrader les bâtiments pour plutôt investir dans des services. L’abandon de la profession, les absences prolongées du personnel pour cause d’épuisement, les conditions d’apprentissage qui se dégradent, le décrochage scolaire, tout cela a un coût financier énorme. Ces coûts économiques et sociaux inacceptables sont pourtant le prix qu’ont accepté de payer nos gouvernements pour garantir la liberté de certains de choisir, au détriment des enfants de ceux pour qui ce choix n’est que théorique.

Voilà, il me semble, une occasion unique pour le Parti québécois de mener, d’ici le 1er octobre prochain, une campagne contre la ségrégation scolaire, et d’en faire concrètement un enjeu prioritaire de politique publique. Dans un récent sondage commandé par le mouvement Faisons l’école ensemble, 73 % des Québécois souhaitent que le Québec cesse de financer les établissements privés. Qui portera leur point de vue dans la prochaine campagne parmi les partis qui ont une chance raisonnable d’être portés au pouvoir? Visiblement ce ne sera ni le PLQ ni la CAQ. (...)

Marc St-Pierre
Chargé d’enseignement en administration scolaire
Université du Québec en Outaouais
Consultant en éducation