Quand le Code est à côté de la plaque

Récit d’une petite expérience désagréable : une contravention, à vélo! J’ai fait un « arrêt Idaho » sans respecter le feu rouge (NDLD : cette pratique consiste à simplement considérer un arrêt obligatoire comme une obligation de céder le passage lorsqu’on est à bicyclette). Je le dis tout de suite, je n’ai pas contesté le fait et je ne contesterai pas la contravention.

Avant que le policier rédige la contravention, j’ai rapidement souligné que de passer devant le flot d’automobiles là où il y a arrêt après avoir exécuté l’« arrêt Idaho » améliore la sécurité des cyclistes. Sous-entendu : en se permettant ainsi d’être vu sans être oublié par les automobilistes pendant l’attente à l’arrêt, peut-être dans un angle mort pour certains d’entre eux. Combien d’accidents mortels de cyclistes se sont passés ainsi?

J’ai ensuite répondu aux questions du policier sans discuter. L’agent m’a signifié que je semble en savoir plus que lui, mais souligne qu’ici c’est ça le code, qu’il y a eu des plaintes à l’égard des cyclistes qui n’appliquaient pas le code. Quant à son acolyte, il me signifie que c’est la SAAQ et ainsi la société dans son ensemble qui paie s’il y a accident.

J’ai donc récolté 48 dollars d’amende et 3 points d’inaptitude. On reviendra sur le non-sens de ce démérite. Qu’est-ce qui rend si audibles les plaintes à l’égard des cyclistes qui ne respectent pas le code et beaucoup moins les cyclistes qui assument leur sécurité?

À partir de là, la « vérité pratique » est de l’ordre des statistiques.

Est-ce que le respect du code, fait semblable pour tous les types de déplacements, est ce qui est le plus à même d’assurer la sécurité de tous?

Est-ce qu’un code adapté aux types de véhicules ne serait pas plus à même d’y arriver?

Est-ce que l’« arrêt Idaho » s’avère plus sûr que l’arrêt fait selon les normes actuelles?

Dans tous les cas, il y aura éventuellement des accidents, mais le code, devenu abstraction, pourrait bien s’être détaché de l’observation des faits et du réel de la sécurité des cyclistes et de tous. Les plaintes des automobilistes reviendraient à être un attachement à une abstraction, qui vaut raisonnablement pour eux compte tenu de leur poids et de leur vitesse mais qui, souvent, est décalé pour la sécurité des cyclistes.

Face à de puissants poids lourds que sont les automobiles et leurs conducteurs, les cyclistes expérimentés se sont adaptés. Cette expérience est un savoir sur leur sécurité, généralement inconnu des automobilistes.

C’est ici que le démérite se fait blessant, travestissant la compétence en son contraire et en une mise à risque accrue. Les cyclistes occasionnels ont de fortes chances d’être plus conformistes et se replieront sur le code tel qu’il est.

De ce démérite je demande remboursement. Pratiquer l’« arrêt Idaho » est à notre mérite.

Dans un milieu où la pratique cycliste est appelée à augmenter et à devenir plus régulière, pour des raisons écologiques et de santé (écologie de soi), l’expérience des cyclistes réclame un code de la sécurité routière non uniforme, adapté aux divers usages. D’enfin donner un avantage à la fragilité et à l’expérience de la fragilité.

De ce fait, réclamons de la SAAQ et du MTQ que le vélo, soulevable à force humaine, soit l’étalon du « véhicule léger » face auquel une petite auto est reconnue comme « véhicule lourd ». Il en va de l’amélioration de la sécurité de tous.

Alain Vézina
Sherbrooke