Le président américain Donald Trump et le président Vladimir Poutine, en conférence de presse à Helsinki, lundi

Quand la collusion crève les yeux

ÉDITORIAL / Le président des États-Unis a désavoué son propre ministère de la Justice et ses services secrets, lundi à Helsinki, devant le monde entier, en se tenant fièrement aux côtés du dirigeant qu’on tient responsable du sabotage des élections dans son pays.

«Tous les services de renseignement américains ont conclu que la Russie s’est livrée à de l’ingérence. Qui croyez-vous?» lui a demandé un journaliste. La question était aussi claire que simple. Et le président des États-Unis a répondu qu’il croyait la «réponse forte» de Vladimir Poutine. Il a ensuite mentionné que le dirigeant aurait invité les enquêteurs américains à partager leurs secrets avec ceux de la Russie. 

La prestation du dirigeant américain a été si pitoyable que, pour la première fois depuis son élection, des commentateurs et même des membres du congrès parlaient ouvertement de «trahison», dans les minutes qui ont suivi la conférence de presse. 

Trump a été invité à préciser qui, selon lui, est responsable de la détérioration des relations entre Washington et Moscou, déplorée par son vis-à-vis russe. Il l’impute à la «stupidité» des États-Unis, à la «chasse aux sorcières» que constitue, selon lui, l’enquête menée par le procureur spécial Robert Mueller, et à des textos échangés par un de ses enquêteurs. 

Mais pas un mot sur l’invasion de la Crimée ni sur le tir de missile qui a abattu le vol MH17; ni sur les massacres de civils en Syrie; rien sur les milliers de victimes de la guerre en Ukraine; sur l’emprisonnement, l’assassinat d’opposants et de journalistes, jusqu’en sol britannique. 

Il s’en trouve peut-être encore pour nier l’évidence, mais hier, elle crevait les yeux. Donald Trump a vendu son pays pour accéder à la présidence. Il a trahi les agents de ses propres services secrets, qui risquent leur vie au service de ce pays, en désavouant aussi ouvertement leur travail. L’homme est si habitué à mentir que plus il nie la collusion, plus il y a de raisons de croire qu’elle est avérée. Au rythme où il le faisait hier encore, ses dénégations constituent pratiquement des aveux. 

Mark Warner, un sénateur démocrate de Virginie, vice-président du Comité du renseignement, affirmait lundi que le président a failli à son devoir de protéger le pays contre ses adversaires, ce qui constitue un motif pour «impeachment». L’allusion était on ne peut plus claire, même s’il na pas utilisé le mot. Mais sans l’appui d’élus républicains, qui vont boire cette coupe jusqu‘à la lie, elle n’ira nulle part. 

Un professeur de John Hopkins, Eliot Asher Cohen, spécialiste de l’histoire militaire, est allé plus loin: «Le mot trahison est si fort qu’on ne doit l’utiliser qu’avec précaution. Mais la conférence de presse qu’il vient de donner a mené le président des États-Unis sur ces sombres rivages...»

Vendredi dernier, le Département de Justice déposait des accusations contre une douzaine d’agents russes pour leur rôle dans le piratage et la dissémination des courriels du Parti démocrate. Les actes d’accusation rendus publics contenaient des preuves accablantes des agissements du renseignement russe, identifiants précisément les unités, les individus et détaillant leurs agissements sur Internet.

À titre de président, Donald Trump connaissait à fond ces éléments de preuve quand il a, à toutes fins utiles, baisé la main de celui qui lui a offert la Maison-Blanche lundi, devant la planète entière. 

Il n’est plus possible d’invoquer le doute désormais.