Quand je vois une automobile circuler avec un drapeau du Canadien à la vitre, je sais que le conducteur est un partisan du Canadien.

Quand j’ai cessé de porter des symboles

Je suis entré en communauté religieuse dans l’ancien temps, c’est-à-dire avant 1960. Notre communauté portait une grande robe blanche avec un rosaire de deux livres pendu à la ceinture. Comme manteau, une grande chape noire munie d’un capuchon. Pour couronner le tout, une tonsure monastique qui nous auréolait la tête de quelques cheveux bien découpés.

Quand nous nous promenions dans la ville d’Ottawa, nous étions plus photographiés que la Police montée. Nous avions un peu plus de 20 ans, nous allions partout, au parlement, dans les musées nombreux à Ottawa. Nous nous sentions différents, étranges même, mais notre absence d’autocritique et notre conscience d’être appelés à une cause qui nous dépassait rendaient cette différence bien acceptable.

Puis, vers 1960, l’obligation de la tonsure a été levée, à la grande joie générale. Puis le clergyman (veston et col romain) est apparu, nous libérant d’une autre partie des symboles que nous portions. Début des années 70, nous avons fini par nous habiller comme tout le monde. Fini les symboles.

La Révolution tranquille : 

dix ans pour cesser d’être dans une classe à part, pour parler d’homme à homme, de femme à femme. Je ne me définissais plus comme un curé, mais comme une personne humaine qui a un rôle à jouer. Pasteur, professeur, etc.

Quand je vois une automobile circuler avec un drapeau du Canadien à la vitre, je sais que le conducteur est un partisan du Canadien. Si c’est un drapeau du Québec, je sais que le conducteur est un souverainiste. Quand je vois, de quelque côté que je la regarde, une femme avec un voile, je sais que c’est une musulmane. Elle porte, volontairement, un signe de son appartenance religieuse. Elle porte un symbole. Elle affiche un symbole. 

Quand on affirme que la loi sur la laïcité est antiféministe et anti-musulmane, cette affirmation comporte deux erreurs. Elle ne vise pas explicitement un symbole religieux musulman, elle est contre tous les symboles d’appartenance à un groupe idéologique, religieux, partisan, juif, chrétien, sikh, péquiste, etc.  Elle n’est pas antiféministe parce que seules quelques musulmanes portent un étendard aussi caractérisé. Elles choisissent d’afficher leur religion par un symbole apparent. 

Et puis, si la loi est raciste, antiféministe, antilibérale, antiQuébecSolidaire, un grand nombre de pays du monde le sont aussi. La France, l’Allemagne, la Belgique, la Hollande, etc. Et de nombreux pays musulmans. En commençant par la Turquie qui, dès 1925, interdisait tout signe religieux dans tout l’espace public.