Denis Dufresne
La nouvelle version du projet Parcours, une boucle de 10 kilomètres entre le centre-ville et le mont Bellevue, comporterait notamment trois tours d’observation.
La nouvelle version du projet Parcours, une boucle de 10 kilomètres entre le centre-ville et le mont Bellevue, comporterait notamment trois tours d’observation.

Prudence

Le projet touristique Parcours, dont la deuxième version a été dévoilée en primeur par La Tribune il y a une semaine, est certes très emballant, mais son coût élevé – 26,4 millions $ – devrait susciter une sérieuse réflexion chez les élus.

En fait, comme le demandent les conseillers Paul Gingues et Pierre Avard, s’agit-il d’un projet vraiment prioritaire lorsque l’on considère la capacité de payer des Sherbrookois qui, faut-il le rappeler, viennent de subir une hausse de leur fardeau fiscal de 6 %?

En outre, tous ces millions, ou même une partie de ceux-ci seulement, permettraient d’améliorer des infrastructures existantes, comme les parcs Victoria et Jacques-Cartier, de prévoir des aménagements pour augmenter la sécurité des piétons et des cyclistes un peu partout en ville ou encore de verdir certains secteurs qui en ont grand besoin, que l’on pense aux rues Denault ou du Conseil par exemple.

C’est d’ailleurs ce que soulève le conseiller Pierre Avard qui, bien qu’il reconnaisse l’intérêt du projet touristique, estime que ces millions pourraient être utilisés pour « plein d’autres quartiers dans la ville qui ont besoin d’amour ».

La nouvelle version du projet Parcours, une boucle de 10 kilomètres entre le centre-ville et le mont Bellevue, comporterait notamment trois tours d’observation (dont une au mont Bourque), un pavillon d’accueil, une nouvelle passerelle sur la rivière Magog, des voies cyclables sur la rue Frontenac, un réaménagement du pont ferroviaire de la rivière Saint-François pour piétons et cyclistes, un « théâtre d’eau » au lac des Nations, de même qu’une promenade surélevée dans le boisé du champ des Buttes.

Le projet devrait toutefois se superposer, en partie, à celui de réserve naturelle du mont Bellevue que pilote actuellement l’Université de Sherbrooke.

Selon le document obtenu par La Tribune, ce projet mettrait en valeur le patrimoine naturel de Sherbrooke et pourrait attirer les touristes.

Une étude de faisabilité devrait être lancée dès cette année.

De l’avis de la conseillère du district de Rock Forest et présidente de Destination Sherbrooke, Annie Godbout, ce projet doit être mis en branle assez rapidement pour permettre à Sherbrooke de se démarquer et de demeurer compétitive dans le domaine touristique… Un air que les Sherbrookois ont maintes fois entendu dans le passé au sujet de projets touristiques censés nous mettre « sur la map », que l’on pense par exemple à la Place Nikitotek.

Elle souligne toutefois qu’« on ne veut pas mettre tout le poids de ce projet sur les contribuables sherbrookois » et faire appel à l’aide du gouvernement du Québec. 

C’est toujours ça de pris!

Il faut néanmoins reconnaître que ce projet est très inspirant et a le mérite de mettre en valeur les atouts naturels de Sherbrooke, comme on le voit avec le succès de la Promenade du lac des Nations, mise l’avant par l’administration Perrault dans les années 2000.

En revanche, compte tenu des nombreux grands projets déjà en branle ou à venir à Sherbrooke –

pont des Grandes-Fourches, Espace Centro, logements sociaux sur Galt Ouest, construction d’un plateau de loisirs dans le secteur de Rock Forest – est-il réaliste de penser que les gouvernements accepteront de contribuer pour chacun? 

Cette question, fort à propos, est soulevée par le conseiller municipal Pierre Avard.

Son collègue Paul Gingues prêche pour un peu plus de réalisme et rappelle l’importance d’avoir une vue d’ensemble au lieu d’y aller de décisions « à la pièce ».

Le projet Parcours n’a pas encore été présenté publiquement, mais soulève déjà des questions fondamentales, notamment s’il répondra réellement aux besoins des Sherbrookois, si ceux-ci en ont les moyens et s’il constituera un véritable attrait touristique.

Voilà ce qui devrait être au cœur des discussions chez les élus avant d’aller de l’avant.