Les hommes qui achètent du sexe sont la source intarissable de la prostitution, écrit l’auteure. Plusieurs d’entre eux parcourent les rues pour dépenser 20, 50 ou 100 dollars afin d’obtenir leur petite jouissance sans se soucier de l’état et des conditions de vie de ces femmes.

Prostitueurs bien au chaud

En réaction à l’article «Prostituées au grand froid» de Marc Allard paru le 18 janvier

Voilà l’autre réalité du récit de Marc Allard portant sur le seul refuge dédié aux femmes épuisées, affamées et congelées que l’on prostitue à Québec. En effet, les hommes qui achètent du sexe sont la source intarissable de la prostitution. Plusieurs d’entre eux parcourent les rues pour dépenser 20, 50 ou 100 dollars afin d’obtenir leur petite jouissance sans se soucier de l’état et des conditions de vie de ces femmes. Dans la plupart des médias, les actes illégaux de ces hommes sont passés sous silence alors que les femmes continuent de représenter l’image publique de la prostitution. À moins d’être une vedette, l’arrestation d’un prostitueur fait peu de vagues.

Pourtant, ils sont des centaines, voire des milliers d’hommes à acheter du sexe tout en fredonnant leur sempiternelle rengaine. «Tout m’est permis, je contrôle parce que je paie. Qu’elles se débrouillent, je n’ai pas à me soucier d’elles. Je veux combler mes besoins sexuels dès maintenant avec un minimum d’efforts et repartir tout de suite après. Ni vu, ni connu. Je me sens puissant parce que je peux forcer ces femmes à faire tout ce qu’il y a de plus dégradant même si elles sont vulnérables. Je les méprise, car elles n’ont aucune valeur.»

Croyez-vous qu’ils aient honte et qu’ils se sentent coupables de leurs comportements illicites? Pas vraiment. Ils ont appris à se justifier depuis des siècles. «Lorsque je paie pour du sexe dans les quartiers défavorisés ou les pays étrangers, je suis un soutien financier pour leur famille. Il n’y a rien de plus naturel qu’un rapport sexuel entre deux adultes consentants même si l’un des deux doit payer pour cela. Je n’ai pas honte de ce que je fais. Si ce n’est pas moi qui achète du sexe, ce sera un autre homme. Débourser pour du sexe, c’est une transaction commerciale comme une autre. Pour les prostituées, c’est une source rapide et facile d’argent comptant dont elles s’accommodent bien. Il n’y a pas vraiment de lien entre la prostitution et la traite des femmes. Les prostituées que je fréquente ne sont pas obligées de se vendre et si c’est le cas, je ne veux pas le savoir. Je n’ai jamais vu de chaînes à leurs pieds alors… Ce sont plutôt les hommes qui sont exploités par ces femmes, car elles attisent leur désir naturel de sexe pour gagner beaucoup d’argent.»

Finalement, ces prostitueurs ne sont jamais responsables des conséquences de leurs actes. Pendant ce temps, ils sont bien au chaud et elles meurent de froid. Chut! Taisez-vous, car ces criminels ne supportent pas la critique.

Johanne Jutras, Québec