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Projet de loi 59: protéger nos anges gardiens

Carrefour des lecteurs
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Le Soleil
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Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, s’est attaqué à un gros mandat avec le projet de loi 59, qui propose une refonte du régime de santé et sécurité au travail au Québec. La pièce législative de près de 300 articles et 120 pages modifie plusieurs lois dont certaines n’ont pas été sérieusement revues depuis plus de 30 ans.

Beaucoup de groupes et d’organisations ont fait part de leur insatisfaction ou de leur inquiétude devant les transformations proposées. Alors que le processus semblait enlisé dans des joutes politiques, l’étude détaillée s’est amorcée cette semaine et le ministre Boulet a déposé de nombreux amendements à son projet pour satisfaire différentes demandes.

À l’heure où les députés s’affairent à l’étude de ce projet de loi important, en tant que société, nous devons saisir l’opportunité d’avoir une conversation sérieuse sur la protection de nos travailleuses et travailleurs de la santé, ceux-là mêmes qui sauvent des vies au péril de la leur depuis le début de la pandémie. Nous devons obliger, explicitement, les employeurs du réseau de la Santé et des Services sociaux à leur fournir le matériel le plus sécuritaire possible.

Bien que cela paraisse aberrant, cette mention du matériel le plus sécuritaire possible n’est pas une obligation dans les lois québécoises, alors que de telles dispositions existent ailleurs au Canada. Au Québec, c’est la règle du plus bas soumissionnaire conforme qui s’applique lorsque l’on équipe ceux et celles qui soutiennent notre réseau de la santé à bout de bras. Lorsqu’on achète le matériel médical selon les mêmes critères que les ustensiles pour la cafétéria, rappelons-nous que cette décision puisse avoir un impact sur la qualité et la sécurité des soins et des soignants.

Des blessures accidentelles qui pourraient être évitées

L’utilisation des dispositifs médicaux sécuritaires n’est pas un luxe, mais une nécessité pour protéger nos anges gardiens. Dans le reste du pays, cathéters intraveineux sécuritaires, seringues, aiguilles rétractables et dispositifs sécuritaires de distribution des médicaments font partie du quotidien du personnel du réseau de la santé. Malheureusement, dans les centres hospitaliers et les centres de services sociaux du Québec, la situation reste préoccupante : l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur affaires sociales (ASSTSAS) estimait qu’environ 4500 blessures percutanées y étaient déclarées annuellement. 

En termes clairs, ce sont dans la plupart des cas des infirmières qui se piquent, se blessent et risquent des expositions à du sang contaminé. Et le phénomène serait encore plus inquiétant puisqu’une autre étude révélait que 30 à 90 % des piqûres accidentelles n’étaient pas déclarées au Canada. Or, une très grande proportion de ces incidents peuvent être évités très simplement par l’utilisation de seringues à aiguille rétractable. Voilà un exemple d’une situation dangereuse qu’on peut corriger en réformant les lois de santé et de sécurité au travail. Il y en a des dizaines d’autres.

Avec la pression considérable exercée par la pandémie sur notre réseau de santé, et surtout sur son personnel, combien d’incidents seront rapportés pour cette année ? Nous craignons une hausse des accidents de travail due notamment à l’épuisement, au stress et à l’anxiété exacerbée ainsi qu’à la fatigue accumulée, alors que nous avons une solution pour diminuer ceux-ci et protéger ainsi des millions de travailleurs et de travailleuses. Les dispositifs plus sécuritaires ont fait leurs preuves : en Ontario, les réclamations pour compensation d’accidents de cette nature ont diminué selon les secteurs de 31 % à 67 % avec leur utilisation.

Aujourd’hui, alors que cette réforme apparait toujours aussi cruciale malgré sa complexité, nous implorons nos élus d’élargir la notion de protection en pensant aussi au matériel sécuritaire. Cette réforme est importante : nous avons une responsabilité collective de mettre en place toutes les mesures préventives nécessaires pour limiter dès maintenant les accidents de travail, notamment dans le secteur de la santé.

Benoit Larose
Vice-président Medtech Canada