Pour une FADOQ solidaire des jeunes

POINT DE VUE / La dernière infolettre du Réseau FADOQ nous apprend qu’il y a changement de garde à la présidence du Réseau de la Fédération de l’âge d’or du Québec qui rassemble près de 535 000 membres. Mme Gisèle Tassé-Goodman y a été élue et nous l’assurons de notre soutien dans l’exercice de ses fonctions.

Nous ne pouvons que nous réjouir du titre de l’article dans lequel Mme Tassé-Goodman présente l’esprit dans lequel elle entend travailler : « Vieillissement de la population : il faut agir au lieu de réagir ».

Parmi les priorités décrites par la nouvelle présidente, un enjeu important me semble sous-estimé, soit l’impact de la crise environnementale, caractérisée particulièrement par le réchauffement climatique, sur le bien-être des aînés et sur celui de nos enfants et petits-enfants. 

L’infolettre contient bien un article qui traite de « la santé des aînés menacée par le réchauffement climatique », ce qui permet au Réseau de prodiguer ses conseils pour éviter les excès de chaleur néfastes sur la santé. Conseils nécessaires et judicieux.

Mais rappelons-nous que ces épisodes de chaleur ne seront pas seulement plus fréquents mais de plus en plus intenses. Cet article est de l’ordre de l’adaptation aux conditions climatiques et de la réaction. Voici quelques questions sur lesquelles pourrait se pencher un Réseau FADOQ en mode « action » plutôt que « réaction ».

Comment les rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) influencent-ils le plan d’action du Réseau FADOQ? On se rappellera que le GIEC nous met en garde depuis des décennies contre les conséquences extrêmes du réchauffement climatique (multiplication de la fréquence et de l’intensité des inondations, des périodes de sécheresses, des épisodes de chaleur extrême, des feux de forêts dévastateurs, de la détérioration accélérée des infrastructures, etc.). 

Tout comme pour l’ensemble de la population, les aînés sont touchés et le seront encore davantage par ces réalités. Ce n’est pas être alarmiste que de l’affirmer. C’est la science qui le dit. Qu’est-ce que le Réseau entreprend pour mobiliser les aînés sur cet enjeu?

Beaucoup d’aînés vivent des fonds de pension publics et privés. Comment le Réseau FADOQ se positionne-t-il vis-à-vis des investissements qui se maintiennent dans les entreprises d’énergies fossiles, nous transformant, par l’utilisation de nos épargnes, en complices de la détérioration des conditions de vie de nos enfants et petits-enfants? D’autant plus qu’il est démontré que des investissements dans d’autres secteurs que les énergies fossiles sont souvent plus rentables que ces dernières et n’affectent nullement notre sécurité financière. 

Notre santé psychique et physique peut-elle ne pas être altérée lorsque nos enfants et petits-enfants auront à subir les soubresauts du climat?

La destruction engendrée par les conséquences extrêmes du réchauffement du climat sollicitera de plus en plus d’investissements publics pour le rétablissement des personnes et la reconstruction des biens. Cela ne risque-t-il pas de représenter autant de ressources qui ne seront plus disponibles pour permettre à l’État d’assumer ses responsabilités sociales telles que la santé, l’éducation et la culture? 

Le Réseau FADOQ a sûrement quelque chose à dire sur le développement des transports en commun, sur l’aménagement du territoire, sur une transition vers une alimentation faisant plus de place aux protéines végétales, sur l’électrification des transports, etc.

La solidarité intergénérationnelle nécessaire à la qualité du vivre-ensemble et à un meilleur partage des ressources n’a pas de prix. Mais elle peut s’avérer bien fragile. Quand les sautes d’humeur du climat affecteront la sécurité de nos enfants et petits-enfants, ceux-ci seront en droit de se tourner vers nous et de nous rappeler ce que Greta Thunberg, cette adolescente suédoise de 16 ans, disait le 21 décembre dernier, à la COP 24 (24ème Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques) à Katowice, en Pologne :

« Vous n’êtes pas assez matures pour dire les choses comme elles sont. Même ce fardeau, vous le laissez à nous, les enfants… Notre biosphère est sacrifiée… Vous dites que vous aimez vos enfants par-dessus tout. Et pourtant, vous volez leur futur devant leurs yeux. »

Se peut-il que la violence incroyable des termes utilisés par ceux qui tentent de la discréditer et même de la détruire dans son intégrité physique et psychique soit à la mesure de la dimension exacte de ce cri du cœur : celui d’une génération entière qui demandera légitimement des comptes? 

Nous, les aînés, n’avons pas à porter la responsabilité totale de l’état de la planète qui, particulièrement depuis deux cents ans, a vu son écosystème être détruit par l’activité humaine. Mais nous y avons contribué beaucoup plus que les efforts qu’il nous aurait fallu consentir pour arrêter cette destruction alors qu’il en était encore temps. 

Reconnaître cette responsabilité n’a pas pour objectif d’alimenter un sentiment de culpabilité stérile. Cela s’avère un premier pas nécessaire pour nous amener à nous impliquer et pour faire en sorte que les jeunes sachent que les aînés sont à leur côté dans cette lutte pour une planète viable. Parce qu’il en va de l’intérêt de tous, cette lutte est aussi la nôtre. Et pour cela, je souhaite que le Réseau FADOQ, dont je suis fier d’être membre, joue un rôle actif en ce sens. 

Pierre Prud’homme
Laval, Québec