Pour une commission spéciale indépendante sur le suicide au Québec

Monsieur le premier ministre François Legault,

C’est appuyés par plus de 200 familles endeuillées par le suicide d’un être cher et des milliers de proches aimants représentant toutes les régions du Québec que nous vous demandons d’intervenir personnellement pour mettre un terme au suicide de plus d’un millier de Québécois chaque année, et ce, en créant une commission spéciale indépendante et impartiale sur cette hécatombe nationale.

Le suicide est une tragédie qui brise beaucoup trop de vies et de familles. Chaque suicide touche 135 personnes en moyenne, dont 15 à 30 profondément affectées.

Chaque année, plus de 1000 Québécois sont victimes du suicide — trois par jour — et près de 30 000 attentent à leur vie, souvent avec des séquelles graves. C’est intolérable!

Le suicide n’est pas une fatalité. C’est une tragédie évitable. En tant que proches aimants de victimes du suicide, nous avons été témoins du chaos qui règne actuellement dans le système de soins en santé mentale au Québec. Nous avons étudié les dernières recherches et pratiques probantes. Les experts et les survivants sont unanimes : il existe de vraies solutions pour vaincre le suicide. Certains ont réussi là où le Québec a lamentablement échoué.

Le Royaume-Uni a actuellement le plus bas taux de suicide jamais vu. Facteur important de cette réussite : le plaidoyer des endeuillés dont les expériences personnelles ont engagé les dirigeants et les médias (rapport de l’OMS, 2018). En 2001, le Henry Ford Health System de Détroit aux États-Unis s’est fixé comme objectif zéro suicide — objectif atteint huit ans plus tard. En deux ans, le taux de suicide avait déjà chuté de 75 %. Et, ce ne sont là que deux exemples des initiatives qui permettent à des personnes souffrantes de retrouver leur vie d’avant.

Comme société, nous avons l’obligation morale d’utiliser toute l’information et tous les moyens disponibles afin de prodiguer les meilleurs soins à toute personne malade, à tout être humain en détresse, et ainsi mettre un terme à ce terrible fléau qu’est le suicide. Pour ce faire, nous devons compter sur la bienveillance de tous et rester UNIS face au suicide.

En janvier 2019, nous avons rencontré la ministre de la Santé et des Services sociaux ainsi que les porte-paroles officiels des partis d’opposition en matière de santé. Nous avons demandé à votre gouvernement d’entreprendre des actions concrètes pour la protection des personnes souffrant de pensées suicidaires et l’amélioration des soins en santé mentale.

À l’issue du Forum Adultes et santé mentale d’octobre 2019, nous avons été ravis d’entendre la ministre Danielle McCann affirmer que « trois décès par suicide par jour [au Québec], c’est inacceptable ». Aussi, la stratégie nationale de prévention du suicide annoncée par votre gouvernement pour 2020 a été chaudement accueillie par les milliers de personnes qui nous appuient sur les réseaux sociaux.

Il va sans dire que cette initiative tombe à point nommé. Toutefois, nous sommes inquiets quant aux solutions qui seront privilégiées. C’est pourquoi nous croyons nécessaire d’instaurer une commission spéciale indépendante et impartiale qui se penchera sur les plus récentes études scientifiques, les pratiques probantes, ainsi que le vécu des intervenants, survivants, endeuillés et proches aimants, ceci afin de mettre en lumière les lacunes de notre système et de formuler de sages recommandations pour l’élaboration de la meilleure stratégie nationale possible.

En donnant une voix à nos disparus, nous espérons éviter à d’autres familles québécoises le drame humain que nous avons vécu. Nous le devons à la mémoire de nos filles, nos fils, nos sœurs, nos frères, nos conjointes, nos conjoints, nos mères et nos pères qui sont décédés parce qu’ils étaient souffrants et malades. Nous avons besoin de vous à nos côtés.

Martine Brault
porte-parole pour Unis face au suicide : Mouvement des endeuillés du Québec

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Le suicide, au-delà de la maladie mentale

Dans les derniers jours, une place importante a été accordée dans l’espace public pour parler de différents aspects du suicide. C’est le cas de l’augmentation des hospitalisations des jeunes femmes à la suite d’une tentative de suicide ou de l’alarme qui sonne depuis trop longtemps au Nunavik. Il a aussi été question du soutien social dans les milieux de travail, du droit d’être malheureux et de l’accès universel à la psychothérapie, notamment. 

La diminution du taux de suicide continue depuis le début des années 2000 et c’est un encouragement partagé sur plusieurs tribunes. On parle aussi, à juste titre, des liens entre maladie mentale et suicide. L’équation est nécessaire, mais insuffisante. 

En focalisant trop sur les liens entre maladie mentale et suicide, on risque de croire que ça demeure un problème individuel. On perd de vue les suicides qui surviennent dans un contexte d’intimidation, de maltraitance, d’atteinte à la reconnaissance sociale et à la dignité humaine. C’est le cas de l’homophobie, de la transphobie, des préjugés blessants envers les personnes en situation de pauvreté, envers les Autochtones et bien d’autres. 

Ce sont des problèmes sociaux – et non individuels – qui se vivent dans des interactions sociales. Des campagnes de lutte aux préjugés et à la discrimination font équipe avec des artistes et les résultats sont très pertinentes. Avec la chanson Make it stop (September’s Child), le quatuor punk Rise Against s’est associé à la campagne It Gets Better qui lutte contre l’intimidation et l’homophobie. 

Plus près de chez nous, la chanson Désarmé jusqu’aux dents du groupe rap québécois Taktika, montre différentes formes d’exclusion, d’oppression et le besoin des personnes touchées d’avoir une autre chance. Elle se termine par le 1-866-APPELLE, la ligne téléphonique des Centres de prévention du suicide. 

Nous avons tous le pouvoir de prévenir le suicide en créant ces « autres chances », de manière à faire une plus grande place à dignité et à la solidarité.

Philippe Roy, professeur

École de travail social
Université de Sherbrooke

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Commissions scolaires : les lamentations des pleureuses

Je comprends bien les pleurs, voire les vociférations de représentants politiques qui dénoncent le vote, par bâillon, sur l’abolition des commissions scolaires (loi 40). Mon propos ne vise pas la manière de l’avoir votée, mais le contenu et l’application de la loi qu’il était urgent de mettre en œuvre.

Voyons le passif de l’ancien système scolaire et de sa gestion centenaire.

Soit, les commissions scolaires ne seront plus là; en tout cas, plus celles-là que les citoyens, hélas, ne fréquentaient plus du tout depuis belle lurette, tout au plus 5 % d’entre eux! 

Soit, la nouvelle gérance de l’enseignement sera peut-être plus centralisée, mais, semble-t-il en même temps, plus constamment et directement connectée sur la base et la pratique académique, avec une administration plus « locale », ce qui aurait dû être fait il y a longtemps d’ailleurs. 

Alors où serait la catastrophe dans une réforme pareille? Ah? Les dénonciations indignées des « pleureuses » déplorent le manque de démocratie dans la gestion régionale des écoles publiques? Mais qu’avaient-ils donc fait, de tout ce temps, ces commissaires aujourd’hui agonisants, pour propulser une plus grande démocratie élargie en faveur de la participation citoyenne dans leur communauté locale? 

Mon statut de parent et d’enseignant m’a plutôt laissé sur ma faim, à cet égard, tant nous étions laissés pour compte. Délais néfastes dans l’implantation des réformes proposées au cours des dernières décennies (comme les retards fatals dans la mise en œuvre de nouveaux programmes, négligence dans l’engagement d’aides pédagogiques nouvelles et poussées, comme les spécialistes didactiques de même que pour l’assistance spécialisée dans l’apprentissage, etc.) 

Ces innovations et interventions modernes, les commissaires n’en voyaient guère les avantages, les jugeant même coûteuses et inappropriées (sic!). Bref, la vision peu professionnelle de ces commissaires a causé, hélas, des dommages innommables auprès et dans la clientèle des écoliers et étudiants, faisant ainsi fi des exigences toujours plus pointues des milieux de travail futurs, manuels ou professionnels.

Mon espérance à l’égard de cette réforme administrative scolaire réside justement dans cette « obligation de résultat », en collaboration avec les enseignants, pourtant maîtres d’œuvre souverains dans leur activité (ce qu’on ne leur reconnaît toujours pas!), et les personnels scolaires divers finalement tous, bien sûr, en accord et en communion de visions avec les parents plus qu’avec la gent d’affaires ou politique... comme c’était trop le cas dans le passé.

Yvon Côté
Sherbrooke