Depuis vendredi, les pharmaciens ont l'obligation de détailler leur facture en dévoilant notamment leur marge de profits.

Pilule à avaler

CHRONIQUE / Depuis vendredi, les pharmaciens ont l'obligation de détailler leur facture en dévoilant notamment leur marge de profits. Pour les consommateurs, il s'agit évidemment d'une excellente nouvelle qui leur permettra peut-être d'obtenir leurs médicaments à meilleur prix.
Dans les faits, il serait étonnant d'assister à une réduction massive des prix en pharmacie. Seuls les cas extrêmes de marge de profit exagérée devraient être remis en question par la clientèle.
Directeur général de l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires, Jean Bourcier a eu la réaction parfaite à cette nouvelle obligation. À son avis, les pharmaciens sont prêts à se plier à cette directive et ont fait « contre mauvaise fortune bon coeur ». S'il exprime le sentiment général de ses membres, il démontre sans l'ombre d'un doute que les pharmaciens ont avant tout la santé des Québécois à coeur. Il prouve ainsi que ces professionnels de la santé comprennent bien que la vente de médicaments constitue un service essentiel, fort différent du commerce de simples marchandises.
On ne peut malheureusement en dire autant de la réaction de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante. Vice-présidente, Martine Hébert y voit « un interventionnisme débridé de l'État », qui vient ébranler les bases de la libre entreprise. La notion de service public essentiel n'est de toute évidence pas encore parvenue à percer les murs de ce temple élevé contre le communisme bolchévique.
La tournée effectuée par La Tribune dans les pharmacies de Sherbrooke a révélé qu'elles respectent la récente ordonnance. Par contre, les variations d'honoraires sont toujours importantes entre différents médicaments. Il s'agit pour les pharmaciens d'une façon de rentabiliser leurs opérations en fonction de leurs coûts fixes, le prix des médicaments étant le même pour tous. Si les honoraires sont fixés par l'État dans le régime public, ils sont laissés à la discrétion des pharmaciens dans un régime privé d'assurance.
Dans une récente enquête, le magazine Protégez-vous a trouvé que les marges sont particulièrement salées pour les médicaments génériques, ces copies vendues à meilleur prix. Au Bas-Saint-Laurent, le média a constaté des marges pouvant atteindre jusqu'à 290 %! La nouvelle obligation aura à tout le moins le mérite de donner aux consommateurs un argument pertinent pour interroger son pharmacien. Celui-ci ne pourra plus invoquer des raisons futiles et devra justifier sa gourmandise.
Le Code de déontologie des pharmaciens leur recommande justement de limiter leur appétit et d'éviter les frais abusifs. Dans les centres urbains, là où les pharmaciens se livrent une saine concurrence, les grandes chaînes ne semblent pas avoir intérêt à exagérer. C'est d'ailleurs l'avis de Jean Bourcier, rappelant que dans un marché concurrentiel ses membres n'ont pas avantage à forcer la note. En région toutefois, l'absence d'une offre suffisante place les consommateurs à la merci de trop rares enseignes.
Professeur à l'Université Carleton, Marc-André Gagnon confiait à Protégez-vous que le Québec pourrait s'inspirer de l'Ontario, qui limite à 10 % la marge bénéficiaire des pharmaciens.
Après avoir menacé les pharmaceutiques de lancer des appels d'offres, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, leur a arraché une entente en juillet dernier. Celle-ci devrait générer une réduction des coûts de 1,5 milliard sur cinq ans, soit une économie de 40 %. Cette fois, il oblige les pharmaciens à expliquer leur facturation. S'il ne faut pas en espérer des rabais mirobolants, le consommateur aura du moins le moyen de comprendre la facture qu'on lui tend. À lui maintenant de juger s'il est possible de faire mieux.