Piétons en danger

ÉDITORIAL / Le bilan routier s'améliore d'année en année au Québec, sauf chez les piétons, où le nombre de décès a augmenté de 40 pour cent en 2016, une situation inadmissible qui appelle non seulement à un changement de mentalité, mais aussi à assurer un environnement sécuritaire aux piétons.
Et il faudra que la révision du Code de la sécurité routière, attendue d'ici l'automne, en tienne compte.
Le bilan routier de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) pour l'année 2016 fait état d'une baisse significative des accidents mortels sur les routes, de trois pour cent par rapport à 2015 et de 10,6 pour cent par rapport à la moyenne de 2011 à 2015.
Cette bonne nouvelle est toutefois assombrie par une hausse spectaculaire de 40 pour cent des décès chez les piétons avec 63 morts en 2016 contre 45 en 2015; l'augmentation est de 8,6 pour cent par rapport à la moyenne de 2011 à 2015.
En Estrie, on recense un mort en 2015 et deux en 2016.
La SAAQ n'a pas d'explication précise, mais signale que la majorité des décès de piétons surviennent à des intersections.
Si certains piétons ont parfois un comportement à risque, par exemple en marchant tout en consultant leur téléphone mobile, bon nombre d'automobilistes conduisent comme si la route leur appartenait : ils roulent trop rapidement, s'immobilisent à peine aux panneaux d'arrêt et ne respectent pas les passages pour piétons ni les feux qui leur accordent la priorité pour traverser une intersection.
On aura beau dire que certains piétons ne respectent pas la signalisation et ignorent les passages qui leur sont réservés, une personne ne fait pas le poids devant un véhicule.
L'augmentation importante du nombre de véhicules sur les routes, de 18 pour cent entre 2005 et 2015, les problèmes de congestions et le stress des automobilistes pressés d'arriver à destination contribuent également à l'insécurité des piétons.
Sans aller jusqu'à remettre en question le virage à droite au feu rouge, il faut reconnaître que cette mesure destinée au départ à favoriser la fluidité de la circulation et l'économie d'essence, ce qui ne s'est jamais avéré, est souvent source d'accrochage ou d'accidents entre piétons et automobilistes.
Le ministre des Transports, Laurent Lessard, est conscient de la situation et estime que le partage de la route entre piétons et automobilistes est un «enjeu» majeur.
Il plaide pour une meilleure sensibilisation en vue de changer les comportements.
Malheureusement, il faudra faire davantage alors que l'automobile occupe de plus en plus d'espace dans les villes et que de nombreuses mesures ont été mises en place pour faciliter la circulation: feux synchronisés et virage à droite aux feux rouges, notamment.
Les Villes ont beaucoup fait pour favoriser les déplacements à vélo avec des voies cyclables en bordure de rue, des pistes cyclables et beaucoup de sensibilisation.
De plus, le ministère des Transports a imposé l'an dernier une distance minimale lorsqu'un automobiliste dépasse un cycliste, de 1 mètre en ville et de 1,5 mètre en zone rurale.
On peut penser que cela commence à donner des résultats puisque le nombre de cyclistes décédés sur les routes a diminué de 11 pour cent entre 2015 et 2016 et de 43 pour cent lorsque l'on compare 2016 avec la moyenne de 2011 à 2015.
Alors que les villes comme Sherbrooke encouragent le transport actif (marche et vélo) et veulent diminuer la dépendance envers l'automobile, il faut prendre plus au sérieux la sécurité des piétons, qu'il s'agisse de repenser l'aménagement des intersections, d'améliorer la signalisation, de sévir contre la circulation de transit ou de réduire la vitesse dans certaines rues.