Et voilà que nous y sommes : le « pot » récréatif sera légal dans moins de quatre semaines!

Petite révolution

La légalisation de la marijuana récréative, le 17 octobre, annonce une petite révolution sociale qui risque de bousculer à la fois les citoyens, les corps policiers, les municipalités et la Santé publique.

Déjà plus d’une trentaine de municipalités québécoises, dont Sherbrooke, Magog et Granby, entendent interdire la consommation de cannabis dans les endroits publics (parcs, rues et trottoirs) pour éviter les abus et les dérapages, alors que la loi provinciale le permet (sauf près des aires de jeu pour enfants), contraignant ainsi les consommateurs à fumer à la maison.

Petit récapitulatif : à la suite du dépôt du projet de loi fédérale C-45 en 2017, plusieurs gouvernements provinciaux, dont le Québec, avaient reproché à Ottawa de procéder trop rapidement et demandaient le report de la légalisation à 2019.

Sans compter les réserves exprimées par les corps policiers du pays en raison des difficultés d’application de la loi et par de nombreux professionnels de la santé.

Ottawa est quand même allé de l’avant avec cette loi, destinée, faut-il le rappeler, à prévenir la consommation chez les moins de 18 ans et à contrecarrer le crime organisé. Ce qui reste à être démontré.

Le fédéral obligeait ainsi les provinces à mettre en place des mesures pour encadrer la vente (ici avec la Société québécoise du cannabis) et la consommation de cette drogue.

Et voilà que nous y sommes : le « pot » récréatif sera légal dans moins de quatre semaines!

En adoptant un règlement plus sévère sur la consommation de cannabis, avec des amendes de 250 à 750 $ en cas d’infraction, la Ville de Sherbrooke veut se donner le temps d’évaluer l’impact de la légalisation, quitte à assouplir sa réglementation par la suite.

Si on ne peut être plus permissif avec le « pot » qu’avec l’alcool ou le tabac, dont la consommation est elle aussi interdite dans les lieux et édifices publics, autant pour des raisons de santé que d’ordre public, la réglementation municipale risque d’être difficile à faire respecter.

Elle représentera un défi pour les policiers municipaux, reconnaît du reste leur directeur Danny McConnell.

Les policiers, dit-il, ne se lanceront pas à la chasse aux fumeurs de cannabis dans les parcs publics, déjà qu’ils auront fort à faire pour réprimer la conduite automobile sous l’effet de cette drogue.

En revanche, il est un peu paradoxal que des règlements municipaux soient plus sévères qu’une loi provinciale destinée en principe à réduire la répression sur le « pot ». 

On peut se demander en quoi tirer un joint dans un sentier du Mont-Bellevue ou, discrètement, au parc Jacques-Cartier peut constituer une nuisance publique. De reste, bien des gens le font depuis belle lurette.

La réglementation sherbrookoise va d’ailleurs à l’encontre des recommandations de la Santé publique, qui demandait de limiter le bannissement du cannabis aux endroits où il est déjà interdit de fumer du tabac, comme l’édicte la loi provinciale. Sans plus.

Selon l’organisme, en obligeant les amateurs de « pot » à fumer à la maison on augmentera les impacts de l’exposition à la fumée secondaire.

De plus, on sait très bien que de nombreux propriétaires d’immeubles à logements interdiront la consommation de cannabis à leurs locataires, comme c’est le cas avec la cigarette, ce qui pourrait les pousser à fumer dans des endroits interdits.

Tout cela s’annonce donc un peu compliqué, sans compter la question de l’acceptabilité sociale et de la banalisation d’une drogue qui peut causer des troubles mentaux, surtout chez les jeunes.

La légalisation du cannabis récréatif, plus ou moins imposée par Ottawa,  aura des impacts sociaux sanitaires auxquels il faudra s’habituer.

Pour le meilleur et pour le pire.