Les étudiants en situation de handicap ou avec des besoins particuliers sont de plus en plus présents dans les cégeps. En 2007, ils étaient 1303, selon la Fédération des cégeps. En 2014 (dernières données disponibles), leur nombre est passé à 11 337.

Persévérance des élèves et des élus

ÉDITORIAL / La ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, est prête à revoir les règles pour que les étudiants éprouvant des difficultés d’apprentissage puissent aller jusqu’au bout et réussir leurs études au cégep. Très bien, mais c’est un engagement qui prendra tout son sens si et seulement si son gouvernement — ou celui qui sera formé en octobre — fournit aux cégeps, et aux universités par la suite, les moyens de répondre aux besoins particuliers de ces étudiants.

«Pour être rendu où je suis, faut pas lâcher et faut pas que vous nous lâchiez», écrit Charles McKenna, un étudiant suspendu du Cégep Beauce-Appalaches de Saint-Georges parce qu’il avait cumulé trop d’échecs.

Dans une lettre adressée à la ministre David, Charles McKenna demande d’adapter la réglementation à la réalité d’étudiants comme lui (il a un diagnostic de dysphasie, associée à une apraxie sévère et une dyspraxie) qui ne peuvent passer à travers leur programme d’études dans les délais fixés par leur cégep. Il souhaite un statut particulier.

Le système d’éducation doit être cohérent. Si le Québec consacre plus de 2 milliards $ par année pour soutenir les élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage dans les écoles primaires et secondaires, il ne peut «lâcher» ceux parmi eux qui réussissent à décrocher leur diplôme d’études secondaires et qui entreprennent des études au cégep, puis plus tard, à l’université. 

La logique voudrait aussi que les jeunes qui s’engagent non pas dans des études post-secondaires mais en formation professionnelle puissent eux aussi avoir accès à du soutien s’ils sont handicapés ou en difficulté d’apprentissage ou d’adaptation. Depuis cinq ans, ce type de clientèle aurait augmenté considérablement en formation professionnelle, mais le soutien serait déficient.

Comme l’indiquait la mère de Charles McKenna, Catherine Thabet, dans une lettre publiée dans Le Soleil, «un étudiant qui a un trouble d’apprentissage l’a encore lorsqu’il arrive au cégep». «Ces étudiants sont considérés comme les “autres”, mais ils ne le sont pas. Ils ont besoin de plus de temps et d’aide pour bien partir, ensuite, ils se débrouilleront très bien. […] Un DEC pour eux changera leur vie. Ils vont, eux aussi, contribuer à la société québécoise.»

Les étudiants en situation de handicap ou avec des besoins particuliers sont de plus en plus présents dans les cégeps. En 2007, ils étaient 1303, selon la Fédération des cégeps. En 2014 (dernières données disponibles), leur nombre est passé à 11 337. La quarantaine de cégeps disposent d’environ 35 millions $ par année pour répondre à leurs besoins. Une somme que la Fédération juge insuffisante. Elle souhaite d’ailleurs que le ministre des Finances relève le financement à cette fin dans son prochain budget.

Les universités doivent également répondre de plus en plus à des demandes d’accommodement scolaire. Là aussi, le Ministère a ajouté des sommes d’argent pour des aides technologiques, du soutien à la prise de notes, pour qu’un professeur rédige plus d’un examen pour un cours ou pour qu’un étudiant puisse faire un examen dans un autre local et dans un délai plus long que le reste de la classe. 

Le président de la Fédération québécoise des professeurs et professeures d’université signalait toutefois en novembre à La Presse que «l’argent investi n’était pas à la hauteur de l’augmentation de cette nouvelle clientèle».

Par respect à la fois pour les étudiants — ceux qui éprouvent des difficultés et les autres — et pour le personnel des établissements et les contribuables, les ministres de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur doivent accompagner leur discours inclusif d’actions concrètes, et ce, sans niveler par le bas.