La ministre de la Culture, Nathalie Roy, s’est notamment indignée devant la destruction de la maison Boileau, à Chambly. Elle aura besoin d’appuis solides de la part du public, de députés, de maires et d’investisseurs privés pour avancer et mettre en œuvre les changements prônés par Courchesne-Corbo dans leur rapport.

Patrimoine et test identitaire

CHRONIQUE / François Legault et la Coalition avenir Québec ont joué à fond la carte identitaire pour obtenir le vote des Québécois. Reste à voir maintenant si le gouvernement caquiste et sa ministre de la Culture, Nathalie Roy, seront de grands défenseurs du patrimoine immobilier, un marqueur important de notre identité.

En campagne électorale, François Legault a exprimé la crainte «que nos petits-enfants ne parlent plus français».

Il faudra également que son gouvernement s’assure que nos petits-enfants puissent voir et vivre dans des maisons, des bâtiments et des lieux de culte qui témoignent de l’histoire, des différents styles architecturaux, des influences qui ont façonné le Québec et constitué son riche patrimoine.

Si un ancien couvent datant de 1877 peut être sacrifié pour faire place à une maison des aînés, si une maison ancestrale peut être démolie pour construire un stationnement et si la présence de «fantômes urbains» (ces maisons et bâtiments que des propriétaires privés ou publics négligent pour justifier un jour leur destruction) ne suscite pas plus d’indignation, il faudra conclure que l’on s’en fout éperdument de cette composante de l’identité québécoise.

Comme si l’existence de la loi 101, la présence du crucifix à l’Assemblée nationale et l’interdiction du port de signes religieux nous préservaient de tout et pouvaient compenser notre manque de ferveur pour le patrimoine.

Dans un rapport sur la gouvernance du patrimoine, soumis en 2016 au ministre de la Culture et des Communications du Québec, Michelle Courchesne et Claude Corbo soulignent que la langue est un premier marqueur incontournable de l’identité du Québec, mais que celui-ci s’avère relativement fragile.

«[...] l’identité des peuples tient aussi pour beaucoup à leur patrimoine culturel matériel et immatériel, mobilier ou immobilier, et vivant», rappellent-ils.

La ministre Nathalie Roy a retrouvé ce rapport «tabletté» par le gouvernement Couillard. Elle compte analyser en profondeur les recommandations, discuter avec les auteurs et statuer pour la suite.

«Statuer pour la suite». Tout est là et tel est le grand défi qui l’attend.

Mme Roy s’est indignée devant la destruction de la maison Boileau, à Chambly. Jeudi, elle a transmis une ordonnance de sauvegarde à la municipalité de Saint-

Malachie pour empêcher la démolition d’une maison ancestrale. Elle avait fait la même chose précédemment pour le Château Beauce, à Sainte-Marie.

La ministre manifeste une bonne volonté, mais intervenir à la pièce et répondre aux alertes des citoyens ne constituent pas une politique exemplaire et cohérente de protection, de préservation et de mise en valeur du patrimoine.

Mme Roy aura besoin d’appuis solides de la part du public, de députés, de maires et d’investisseurs privés pour avancer et mettre en œuvre les changements prônés par Courchesne-Corbo.

Vouloir doter le gouvernement et les municipalités d’un répertoire identifiant les biens patrimoniaux à risque et renforcer l’obligation d’entretien aux propriétaires récalcitrants est positif, mais il faut plus pour tenir de vieilles maisons et de vieux bâtiments debout et habités dans les villes et dans les campagnes.

Des fonds, des bras, de l’expertise et de la sensibilisation sont requis pour épauler les propriétaires, les municipalités, les ministères et la Société québécoise des infrastructures.

«On ne peut pas protéger toute la province du Québec. Jusqu’à combien sommes-nous prêts à aller collectivement? C’est une question que nous devons nous poser», disait Mme Roy, en novembre dernier.

Le premier budget caquiste indiquera rapidement jusqu’où son gouvernement est prêt à aller.